mercredi 6 juin 2012

Dialogue... - février 2012

Regardez à votre fenêtre, madame, Jupiter voisine la Lune et Vénus au couchant… beau spectacle !
J’aimerais découvrir votre jardin, madame… curieux aussi de vous approcher et creuser vos mots…
....il y a tant à faire et inventer !

Mille et une essences et autant de parfums dans ce jardin vous troubleront, monsieur...
De la sauge odorante, sage et vernissée, à l’armoise sauvage et thyms envahissants…
Fragiles brindilles ou solides racines vous conteront
le théâtre de mes quatre saisons…
et si l’ombre est fraîche, douce est la terre…et tendre le moment

Ne craignez rien, mais prenez votre temps… pressez le portillon…

Troublé, madame, je le suis par ces ambiances qui me ressemblent.

Vient l'envie d'aller trainer dans les vignes pour y poser quelques collets… il s'y trouvera bien un lapin ou un lièvre pour se laisser prendre…
Nous pourrions en faire un beau civet pour faire honneur à vos herbes et rassembler quelques amis… un petit vin des coteaux de l'Ardèche pour délier les langues et égayer la bande… Je vous entrainerais, cela fini, à profiter de l'ombre avec moi… vous asseoir entre mes bras… sentir votre peau, regarder vos mains… rêvasser ensemble à contempler les crêtes de Belledonne… vous faire des chatouilles, entendre vos rires… partir en chamailleries…

Regardez au crépuscule ma dame : doucement au couchant Vénus vient à Jupiter… en prenant tout son temps.

…Vos mots me touchent, monsieur, ils sont vivants…

J’aime les guerriers et leurs combats, me laisser tenter par leur tendre piège…
troublée, bien sûr, et plus que de raison…

...il me prend à rêver d’un ailleurs, de matins lumineux, de pied de nez à la lune,
aux astres malfaisants,
de paumes tièdes sur mes seins ronds…
à vous, derrière cet écran..

Quelles sont vos brises, vos tempêtes, vos ouragans ?

Je pars tôt ce matin ma dame… réchauffer ces journées auprès de quelques amis
J’emmène avec moi vos rêves, votre prénom, votre trouble … ils rendent mon cœur printanier !

Aussi votre belle question… (J’aime votre exigence et cette sobriété de l’essentiel…)
Elle occupe mes pensées… Je vous répondrais bientôt.

Votre question est vaste et difficile… importante au point où nous en sommes… je sais les belles pirouettes mais elles seraient indignes de ce que nous voulons…

Il se termine pour moi une histoire où l’intelligence fine et la beauté, de belles énergies créatrices, une animalité partagée n’ont pas suffit à ouvrir l’intime de l’autre… quand cela se protège, se ferme, se verrouille… des peurs agressives qui se dénoncent chez l’autre de ne pas être vu en soi…

Las, j’ai d’autres exigences, aujourd’hui la maison est en vente… avec elle le jardin façonné de nos mains… le soleil est partout, l’ombre précieuse… Elle est sur Belledonne et regarde magnifiquement la Chartreuse, la Dent de Crolles et la vallée du Grésivaudan… les romarins, les bruyères, les genets… quelques pieds de vignes… toute cette vie à suivre encore dans un dernier printemps…

En attendant la cohabitation est digne, mais triste et silencieuse… curieux comme l’absence d’intimité délie facilement six années de vivre ensemble…. Triste les richesses gâchées…

Au travail aussi mon engagement est à son terme… l’envie n’est plus là… laminée par la rudesse du monde vue depuis l’hébergement d’urgence… une nouvelle chef aussi, brutale et sans bienveillance… des équipes parfois bien compliquées à animer… Bref une année de transition devant moi pour me reprendre, préparer ma sortie… retrouver envie et plaisir.

Tout cela m’a bien fait traverser quelques tempêtes… et les journées pluvieuses ont été nombreuses ces derniers temps… mais je suis bon marin et sait faire le dos rond avec patience en attendant les mers calmes, le retour du soleil et l’abri du port…

C’est que j’ai commencé tôt mon apprentissage…. mes parents avaient trop de carcans pour bien nous aider à éclore… alors j’ai appris en rebelle, me cognant à la vie comme font les sales gosses… je n’ai jamais craint ni coups ni cicatrices, mais ai toujours su éviter les méchantes blessures… au prix sans doute d’une bien rude carapace… c’est que, derrière, ma sensibilité est extrême…

Aujourd’hui je sais beaucoup des vents, comment bien les écouter et utiliser leur force… respecter surtout leurs colères avec humilité (c’est le secret pour se garder des ouragans !)… ce sont de bons amis, ils portent ma voile et mes aspirations, me susurrent les vérités de la nuit des temps et toujours leurs tempêtes m’ont aidé à grandir en balayant le superflu (je n’ai jamais su leur en vouloir des douleurs infligées pour cela !)…

Me voilà donc encore et toujours, jeune nouveau-né, Phénix tourné vers l’avenir… des projets de GR20, d’anniversaire à Amsterdam, de week-ends entre amis, de vols immenses, de soirée où l’on chante en buvant un peu trop, de musiciens à trouver pour faire une bande, de fourgon où dormir et entasser son foutoir… « ...et mille autres à inventer ! »

Et vous ma dame… déjà un pied dans mes rêves et forte dans mes pensées… vos mots sont beaux, sobres, puissants et justes… une graine germe en mon ventre, écarte la terre, un peu de vert ose le soleil… Dans le ciel de nos soirées, toujours, Vénus s’approche de Jupiter….

"Quand on est amoureux, si on n'a pas peur c'est qu'on est infréquentable."

dimanche 20 mai 2012

à Marion - Février 1993


"Marionnette", Marion, mon enfant ma fille,
Ton rire, tes sourires, ta gaité
Ont enchanté le temps ou tu étais bébé,
Ta tendresse, caresse... gentillesses...
Ont bénis ton temps de petite fille.


"Marionnette", Marion, mon enfant ma fille
Je n'ai pas compris
Comment ta mère, moi, avons pu,
Imbéciles ! Emportés !
Abimer ainsi ton enfance.


"Marionnette", Marion, mon enfant ma fille
Que pouvais tu faire de tes "bloucs"
De ton espièglerie,
Sinon rempart contre notre méchanceté.


"Marionnette", Marion, mon enfant ma fille,
Loin de toi je me sens perdu,
De n'avoir pas su, de n'avoir pas pu t'éviter ça.
Loin de toi je me sens perdu
D'être ce papa que tu n'auras pas eu !


Oh "Marionnette", Marion, mon enfant ma fille,
Puisses-tu un jour me revenir !
Si tu veux bien, alors,
Ensemble, nous cheminerons....
Et panserons ces blessures.


Papa

Fin difficile d'un campement de demandeurs d'asile à Grenoble à l'automne 2010

L’année 2010 sera le théâtre d’une très forte arrivée de ménages demandeurs d’asile en provenance des Balkans (Serbie ; Kosovo ; Macédoine…) sur la ville de Grenoble. Ces ménages dont beaucoup sont accompagnés de nombreux enfants, satureront très vite les dispositifs d’hébergement spécialisés et déborderont sur l’hébergement d’urgence dont je dirige à l’époque le principal lieu d’accueil, sous la bannière du Centre Communal d’Action Social de la ville de Grenoble. La pression sera très forte pendant tout l’hiver confrontant quotidiennement les professionnels à des situations dramatiques de ménages avec enfants sans solutions dormant sur les pas de la porte du centre d’hébergement.


Au cours du printemps et de l’été 2010, divers campement improvisés dans des parcs de la ville verront le jour pour abriter les familles sans solutions. Un campement situé dans un square à une centaine de mètre du centre d’hébergement d’urgence que je dirige, connaitra une montée en puissance importante, situé en périphérie de la ville il ne constitue pas une gêne majeur.

De 6 tentes vers la mi juillet à 15 tentes à la mi août… le campement comptera jusqu’à 66 tentes au moment de l’arrivée du froid… et des difficultés relatées ci après.


LUNDI 20 SEPTEMBRE 2010

Cette semaine a commencé dès le lundi matin, vers 8h30, par l’intrusion au centre d’hébergement d’une vingtaine d’hommes du campement, fatigués, excédés par leurs conditions de vie précaires dégradées par les pluies du vendredi. Bientôt rejoint par les femmes et les enfants, c’est en tout près de 90 personnes que nous contenons dans le hall d’accueil. Nous faisons asseoir les femmes avec enfants dans le couloir d’attente, plus quelques chaises que nous mettons à leur disposition. Nous fermons les accès aux salles de réunion et aux parties hébergement, nous leur mettons à disposition l’usage des toilettes du personnel, et nous veillons à maintenir les conditions de travail des équipes.

Les informations sur la situation sont transmises aux diverses institutions par email. J’appelle ma hiérarchie au téléphone. Très vite nous décidons de ne pas faire appel aux forces de l’ordre, ce dont j’informe les occupants, car malgré l’agitation, l’énervement, la colère qui s’exprime, les personnes respectent les consignes et limites que nous leur fixons. Il s’agit aussi de « jouer la montre » et de voir comment la situation évolue au fil du temps. Ils nous disent à qui mieux-mieux toutes leurs préoccupations et multiples problématiques de santé, d’alimentation, de froid etc. qui rendent leur situation au campement intenable. Nous leur répétons régulièrement, pour faire face à leurs interpellations, les éléments du contexte et d’information dont nous disposons, nous leur montrons le mail d’alerte que nous avons envoyé, et nous reprécisons régulièrement les places et rôles des différentes institutions et leurs responsabilités respectives vis-à-vis de ces problématiques. L’élu qui préside notre institution est informé, mais enchaîne parait-il les réunions, d’après sa secrétaire il nous faut attendre les alentours de midi pour en savoir plus sur les éventuelles décisions et effets des tractations entre la ville et la préfecture, s’il y en a !

Les familles font des allers-retours entre le campement et le centre d’hébergement. Les effectifs d’occupation fluctuent entre 30 et 90 personnes. Il y a parfois des montées de colère, il faut veiller au grain en permanence, quelques usagers entrent et sortent, il faut assurer le fonctionnement habituel dans ce tohu-bohu impromptu.

Pas de réponses à notre alerte, « l’élu est au courant et agit… ».

Il nous faut faire le constat que le temps passant la détermination des occupants ne retombe pas et qu’il nous faut penser à résoudre cette crise avant l’arrivée des usagers habituels du centre à 16 heures. Nous avons contacté le Secours Catholique pour organiser un soutien alimentaire des parents et qui pourrait soulager une partie des tensions. Regain de tensions cependant à leur arrivée autour de la question du lieu de distribution. Pour nous elle doit se faire au campement mais pas dans le centre d’hébergement. Ils nous mettent la pression pour pouvoir manger dans la salle de réunion. Pas question de céder sur ce point. Cinq bonnes minutes de discussions musclées où je fais part de ma colère à les voir s’en prendre au centre d’hébergement qui ne peut en aucune manière régler leurs problèmes, et ma détermination à faire intervenir la police si besoin, et de toute façon pour dégager les locaux avant l’arrivée des hébergés si l’occupation devait durer jusque là.

J’informe la secrétaire de l’élu qu’il faudra une décision avant 14 heures pour pouvoir envisager de sortir de cette situation avant 16 heures.

J’ai peu après 14 heures un appel du sous-préfet, qui propose l’intervention des forces de l’ordre, je pense alors qu’il le fait après des contacts avec la mairie. Nous échangeons des informations sur la situation, sur la procédure et sur la façon d’opérer. Son appel à un moment où la plupart des hommes sont repartis au campement (pour la distribution alimentaire ?) mène à l’idée d’une intervention rapide pendant que seule une trentaine de personnes sont présentes au centre d’hébergement.

Nouvel appel du sous-préfet quelques instants plus tard pour me demander de confirmer par fax au préfet ma demande d’intervention. Et je suis avec ma secrétaire en train de préparer ce fax lorsqu’une délégation d’hommes revient du campement me dire qu’ils sont d’accord pour évacuer le centre d’hébergement mais souhaitent que je transmette à la préfecture des informations sur leurs situations individuelles. Effectivement le gros de l’effectif quitte nos locaux et j’informe immédiatement la secrétaire de l’élu de cette sortie de crise en lui demandant d’informer le sous-préfet pour annuler l’intervention des forces de l’ordre en préparation. Quelques désaccords cependant pour une partie des occupants et un petit groupe de femmes fait de la résistance pendant une bonne demi-heure encore. De nouveaux groupes arrivants alors du campement je finis par bloquer la porte et j’appelle la police municipale pour faire sortir les récalcitrants. Mais là encore, elles finiront par sortir des locaux sans qu’il soit nécessaire de faire usage de la force.



MARDI 21 SEPTEMBRE 2010

Dès le lendemain, le point de situation que nous faisons avec les cadres du service est alarmiste. Les prévisions météo font état d’une très nette dégradation (pluie, froid) de la situation pour la fin de la semaine. Ces derniers jours le campement est monté à plus de 60 tentes. Nous avons pu constater l’état d’affaiblissement, de fatigue, d’énervement, d’épuisement d’une bonne partie des campeurs lors de leur occupation du centre d’hébergement. Il est clair pour nous, qu’une fois terminé l’épisode de clémence météo qui s’est prolongé jusque là, le campement ne pourra pas tenir. La précarité des installations ne pourra résister à l’épisode de pluie et d’humidité durable qui est annoncé pour la fin de la semaine.

Il est clair aussi que le centre d’hébergement ne dispose pas de suffisamment de place pour proposer une mise à l’abri en urgence des campeurs si le besoin s’en faisait sentir.

D’autre part, nous faisons le constat que nous n’avons pas de connaissance objective des situations individuelles, ni même une idée du nombre de personnes réellement présentes. A chacun de nos passages quotidiens sur le campement ou lorsque les ménages venaient nous faire part de leurs difficultés au centre d’hébergement nous avons noté sur des bouts de papiers les situations préoccupantes qui nous étaient signalées et que nous avons relayé régulièrement aux différentes institutions et services, mais l’absence de dossier ne nous permet pas d’assurer un suivi de l’évolution des situations.

Nous décidons d’alerter notre hiérarchie de nos prévisions alarmistes et de réaliser un « inventaire » des situations en ouvrant un dossier par ménage. Les deux chefs de service s’en occuperont dès mercredi. Nous ferons passer le message au campement pour organiser cette opération et nous informons nos partenaires de ce projet afin d’essayer de coordonner et centraliser les informations, notamment pour essayer d’objectiver en lien avec médecin du monde les problématiques de santé qui sont évoquées par tel ou tel ménage. Cet inventaire devrait aussi nous permettre d’avoir une idée plus claire du nombre de personnes présentes sur ce campement.

Cette décision de constitution de dossiers donnera lieu, le soir même, à un courriel de colère du directeur du 115 : « Je constate que finalement vous marchez sur nos plates bandes ! … ».



MERCREDI 22 SEPTEMBRE 2010

Je commence la journée par un échange téléphonique musclé avec le directeur du 115 pour réagir à son email et lui faire part de ma propre exaspération concernant ce que je considère comme un manque de professionnalisme de son service. Entre autre, une réunion s’est tenue vendredi dernier à propos du campement « Jean MACE » sans que je sois invité, alors que je passe quotidiennement au campement et surveille les évolutions de l’hygiène, du nombre de tentes et de l’état général du campement et de ses occupants. J’ai également appris vendredi, par un email dont je n’étais pas destinataire et transféré par ma hiérarchie, qu’une nouvelle réunion était organisée le jeudi suivant, au centre d’hébergement, sans que personne ici n’ait été sollicité à ce sujet ! Une mise au point qui confirme une certaine confusion dans l’appréhension de l’organisation de nos services par ce partenaire, et une curieuse approche concernant la problématique « Jean Macé » ! J’aurais par la suite des excuses au téléphone de la chef de service du 115… dont acte. Mais qu’il est long et compliqué le chemin pour avancer vers une collaboration intelligible et efficace avec ce service !

Nous sommes cependant d’accord, le directeur en question et moi, sur le fait que nous avons, eux et nous, à faire face à des missions inextricables, et que chacun fait ce qu’il peut pour tenter de s’en sortir. Le campement « Jean Macé » représente pour le centre d’hébergement et son personnel une menace permanente qui justifie que j’y apporte une attention toute particulière. Les relations établies avec les ménages du campement ont permis que l’occupation du centre d’hébergement se déroule dans des conditions acceptables où mon autorité a toujours été respectée. C’est la meilleure garantie de sécurité pour le centre d’hébergement et son personnel.

Mes deux chefs de service reçoivent tout au long de la matinée les ménages qui se présentent dans une certaine confusion malgré nos précautions et la présence d’un hébergé traducteur qui nous facilite la tâche. Le point de situation en fin de matinée nous permet de recenser 28 ménages pour environ 135 personnes et de nombreuses situations préoccupantes : bébés ; enfants en bas âges ; personnes âgées ; malades etc. Plusieurs ménages passeront par la suite pour l’ouverture de leur dossier. Les ménages sont mobiles, certains sont en démarche où à l’hôpital, et notre inventaire n’est sans doute pas complet.

J’envoi à 12h un email d’alerte à ma hiérarchie où je détaille les éléments de la prévision météo du week-end et propose la tenue en urgence d’une réunion de crise.

Je transmets à 15h40, par email, un tableau récapitulatif succins qui présente à l’ensemble des institutions et associations partenaires : la liste et la composition des ménages (nombre d’adultes et d’enfants) assortie d’un commentaire pour les situations à risque. Cet envoi est accompagné par un message d’alerte sur les conséquences prévisibles de la dégradation météo annoncée pour la fin de semaine.



JEUDI 23 SEPTEMBRE 2010

La réunion avec le Secours Catholique, Médecin du Monde, la veille sociale, les équipes de maraude bénévole, nos services, n’apporte rien de bien nouveau, chacun est informé des difficultés prévisibles du week-end et verra l’appui qu’il pourra apporter.

Nous prévoyons de stocker au centre d’hébergement des couvertures et serviettes et nous passerons vendredi matin chez une association partenaire pour augmenter le stock que nous avons constitué avec l’aide de la Croix Rouge.

Pas de réponse à notre alerte.



VENDREDI 24 SEPTEMBRE 2010

Passage le matin chez notre partenaire pour récupérer trois cartons de serviettes et une quinzaine de couvertures.

A midi par téléphone la secrétaire du Vice-Président me demande le nombre d’enfants de moins de 3 ans présents au campement pour préparer une réunion en mairie où se rend le Vice-Président. La liste résumée des situations ne convient pas, je fais un comptage qui identifie 7 ménages répondant à ces critères.

A 14 heures nous nous réunissons avec le président du Secours Catholique, sa responsable technique, mon responsable hiérarchique et mes deux chefs de service. Nous n’avons pas beaucoup d’informations sur ce qui pourrait se décider, une salle pour la mise à l’abri pourrait être mobilisée… Nous creusons l’idée de tentes préaux qui pourraient, en cas de pluie, permettre aux enfants et adultes de ne pas rester confinés dans les tentes. Il nous semble que si on pouvait avoir une salle pour la mise à l’abri la nuit ce serait jouable.

Vers 15 heures la pluie arrive et une bonne vingtaine de campeurs dont une majorité de femmes et d’enfants sont à la porte du centre d’hébergement, je dois intervenir et bousculer un homme qui bloque la porte avec son pied pour pouvoir fermer la porte et éviter une nouvelle invasion. Je téléphone à un interprète, une personne entrevue plusieurs fois au campement où il aide comme il peut et qui m’avait fait part de sa disponibilité en cas de besoin. A son arrivée j’explique aux familles sur le pas de la porte qu’une réunion est en cours pour trouver une solution, qu’ils peuvent retourner au campement et que j’irais les informer dès que j’aurais du nouveau. J’ai entre temps fait appel à la police et une dizaine de policiers s’installent devant le centre d’hébergement pour tenir les campeurs à distance.

Nous apprenons qu’il a été décidé par la ville de mettre dans des appartements vides les 7 familles avec des enfants de moins de 3 ans mais que rien n’est prévu pour les autres. Mon supérieur et moi-même faisons part de notre colère et nous insistons pour que la question de la mise à l’abri dans la salle de réunion d’un centre social du centre ville soit reconsidérée rapidement. La secrétaire du Vice-Président dit tenir informé ce dernier qui est en réunion à la Métro jusqu’en soirée. Elle nous dit avoir la clé de la salle de réunion du centre social, nous envisageons l’idée d’y mettre à l’abri au moins les femmes et les enfants.

Je me rends plusieurs fois au campement, où, sous une pluie intermittente mais parfois assez violente, des personnes de notre institution et du Secours catholique organisent le transfert des 7 familles prévues, ainsi que le démontage et l’enlèvement des tentes libérées. Certaines familles prévues sont absentes du campement, alors il faut dans l’improvisation la plus complète choisir deux autres familles de remplacement. Je suis interpellé par les campeurs qui ne comprennent pas ce qui se passe : certains sont là depuis plus d’un mois et demi et voient partir des ménages présents depuis quelques jours seulement ! Je leur explique les critères décidés par d’autres et que je n’ai pas été consulté à ce sujet. Nous restons évasifs sur la destination et la durée de l’hébergement des familles qui quittent le campement. Avec la pluie la situation empire. Nous attendons une décision concernant l’utilisation de la salle. Mon supérieur dit avoir eu un accord du Vice-Président par téléphone pour l’utilisation de la salle, mais sa secrétaire ne confirme pas.

Je propose aux campeurs l’éventualité d’une solution où seules les femmes et les enfants seraient mis à l’abri pour une nuit, dans des conditions précaires : pas de matelas, seulement des couvertures, pas de nourriture fournie, et retour au campement le lendemain matin, les hommes resteraient au campement pour garder les tentes. Les campeurs sont prêts à accepter cette solution. Nous demandons le feu vert par l’intermédiaire de la secrétaire du Vice-Président. Je tiens les ménages présents informés de notre attente mais rien ne vient. Une partie des campeurs attendent aux pieds des immeubles de Jean Macé sous l’abri précaire des balcons. La nuit tombe, et toujours pas de réponse.... Nous avons prévu une escorte policière avec les équipes toujours présentes devant le centre d’hébergement, pour protéger le déplacement du groupe et pour utiliser Bus et Tram gratuitement sans ameuter toute la ville. J’ai prévu d’accompagner le groupe et de passer la nuit avec eux.

19h45 environ, toujours la pluie, pour moi ce n’est plus tenable, j’appelle la secrétaire du Vice-président et l’informe qu’en l’absence de réponse je prends la décision d’emmener les femmes et les enfants à la salle du centre social. Le Vice-président m’appelle dans les 5 minutes qui suivent « je n’ai pas à prendre de décision, il arrive sur place dans les 15 minutes ». Nouvelle attente donc. J’informe les campeurs de l’arrivée du « Big Chief ».

Le Vice-président a son arrivée me dit que le maire et la métropole ne veulent pas de mise à l’abri, ils pensent que la météo va s’améliorer, ils craignent des difficultés pour faire sortir les ménages de leur mise à l’abri. Je l’informe des accords que nous avons passés avec les campeurs et de mon engagement à les accompagner pour que tout se passe comme annoncé. Il voit vite que la situation du campement est intenable. Il appel le maire pour « boucler » avec lui.

Dix minutes après nous avons enfin le feu vert et nous organisons notre caravane. Des policiers à pied, trois voitures de police dont une avec gyrophare encadre la cinquantaine de piétons d’un convoi très improbable. Petite attente à l’arrêt de bus, mais rien ne vient, en faite il est plus de 20 heures et il n’y a plus de bus. Nous poursuivons à pied jusqu’au Tram après la gare. Nous y rencontrons un bénévole qui m’aborde, intrigué par notre groupe et propose spontanément ses services d’interprète. J’accepte car il pourra être utile pour traduire les consignes à l’arrivée dans la salle.

Arrivée à la salle du Vieux Temple. Des personnes de l’institution ont amené les couvertures et serviettes du centre d’hébergement et quelques matelas.

Installation des familles et organisation de la nuit sans problèmes particuliers.

Passage du maire à minuit. Prévenu par le Vice-président je l’attends à l’extérieur car le calme règne et beaucoup sont endormis. Passage de la maraude qui amène 4 couvertures supplémentaires, je vais pouvoir moi aussi m’enrouler dans une couverture pour essayer de dormir.



SAMEDI 25 SEPTEMBRE 2010

Il y a eu des averses régulières et importantes pendant la nuit, il est clair que la réinstallation au campement va être compliquée ! Mais quelle alternative ?

Les familles ont un comportement impeccable. J’ai beaucoup d’admiration pour ces mères qui manifestent beaucoup d’attention et de tendresse à leurs enfants. Il y a une bonne dizaine d’adolescents, chaussures blanches, pantalons blancs impeccables pour certains… étonnant !

Ils sont tous très impressionnants car malgré les conditions chaotiques du campement à Jean Macé, ils paraissent tous proprement vêtu, pas d’odeurs nauséabondes… Et personne n’a râlé lors de l’installation dans la salle malgré l’absence de matelas, un nombre restreint de couverture, l’inconfort… chacun s’est organisé dans le calme sans aucune réclamation.

Au matin l’idée germe que la gare pourrait être une solution de mise à l’abri pour la journée si le campement est impraticable. D’autant que cela refilerait le « bébé » à l’Etat et dégagerait la mairie du besoin de trouver une solution, quitte à refaire une mise à l’abri d’une nuit dans les mêmes conditions si rien ne change. Un scénario possible prend forme.

Vers 8h j’appelle le centre d’hébergement pour que l’on retienne l’hébergé traducteur pour pouvoir faire passer le message aux hommes restés sur le campement.

J’appelle et réveille l’autre bénévole traducteur pour qu’il vienne au centre social expliquer mes propositions. Je demande ensuite au responsable de la police municipale s’il peut m’envoyer une équipe pour le trajet retour.

Les familles rangent et nettoient la salle et se préparent pour le départ. Je leur fait comprendre que l’on attend un interprète.

A son arrivée j’explique aux familles qu’il y a deux solutions à mon avis : soit retour au campement comme prévu mais je crains qu’il soit difficile de s’y installer étant donné la pluie qui continue à tomber, soit s’abriter à la gare où les hommes pourraient les rejoindre. Sachant qu’il est possible que la police soit appelée à la gare, mais justement, et en raison de leur nombre, elle sera obligée d’en référer en « haut lieu », au préfet, qui peut être hésitera à les remettre dehors sous la pluie, en utilisant la force en public. Je leur demande d’exprimer leur choix qui sans beaucoup d’hésitations va vers la solution de la gare. Je leur explique qu’une fois à la gare je les laisserais se débrouiller seul, considérant avoir terminé ma mission.

Je rappel le centre d’hébergement et explique à l’hébergé traducteur le choix fait par les femmes et lui demande d’aller en informer les hommes du campement.

Départ de la caravane du centre social avec deux policiers pour escorte.

A 9 heures, en attendant le Tram, j’informe le Vice-président de la situation.

Arrivée à la gare, l’escorte me demande ce qui est prévu maintenant et ma réponse les plonge en plein désarroi. J’appel leur responsable devant eux et je lui explique la situation, je lui dis que le Vice-président est informé et qu’à mon avis il devrait laisser la police nationale se débrouiller seule de la suite. Il acquiesce et me dit qu’il va transmettre à ses équipes de se retirer. Je rentre à pied au centre d’hébergement, il pleut à verse et je croise les groupes d’hommes du campement qui rejoignent la gare.

Rentré au centre d’hébergement, j’appelle France 3 et le Dauphiné, sans trop dire qui je suis, je les informe de ce qui se passe à la gare et je rentre chez moi. Il doit être environ 10 heures.

Christian CHEVALIER


Par la suite, devant cette situation, le préfet demandera au maire de la ville de prendre en charge ces ménages pendant une semaine, le temps d’organiser leur prise en charge pas ses services… en faite, la prise en charge par la municipalité et ses services durera plus de 8 mois, mais les sommes dépensées seront remboursées par l’Etat.



Correspondances Ana (Février 2006)

Ana,    (1)

Je ne vous ai rien dit encore de mon histoire

Des pendants chez moi de vos émirs et de vos maharadjahs…
Il y a moins d’exotisme aux notaires Creusois, à la noblesse reconvertie dans la betterave…
Mais je vous titille… ce n’est pas l’exotisme qui vous intéresse
Plutôt le creuset de larmes et de forces où je me suis construit
Comment étaient les hommes… et les femmes là dedans ?
Ce que je sais en dire… les traces en moi de ces douleurs et grandeurs passées…

Mais vous le voyez… j’ai traversé tout ça et suis quand même un peu roi…


Vous êtes quelqu’un de rare à n’en pas douter… accompli visiblement…

J’aime le tourbillon nourrissant de vos pensées et activités… j’y sens du grand flot de la vie…

Je m’imagine le soir écoutant votre journée… et peut être vous dire quelques batailles… cette maisonnée savoyarde que je m’efforce de tenir vivante pour que des hommes fatigués, un peu blessés y retrouvent quelque espoir… ce monde qui va bien mal… ces assemblées que je bouscule : qu’elles sortent du médiocre que diable ! … d’autres combats aussi où je singe les oiseaux et me hisse à des hauteurs où se dégage la splendeur du monde…

Nous pourrions chanter ensemble aussi …


Ana,    (2)

J’aime cette enfance que vous me racontez…
J’en connais les odeurs, râteau de bois, paille de foin qui colle à la sueur
On s’essaye à être grand dans des gestes magnifiques
Avant de tremper insouciant dans l’eau rouge des étangs…

Et ces attelages de bœufs, forts et indolents… le bâton du bouvier entre les cornes
Que ne vous ai-je vu alors juchée sur la charrette !!
Trônant dans le haut du foin, cachant votre mal de mer…
J’aurais été jaloux mais n’en aurais rien dit
Je me serais enfui dans mes secrets à moi
Pestant contre cette hardiesse pas accompli de vous rejoindre!

Je vous aurais guetté ensuite… espérant que vous soyez voisine de mes terres
J’aurais peut être espionné vos cachettes…
Surpris vos danses et chants réservés à vos biches…
Vous auriez enchanté mes nuits…
J’aurais été plus fort de ces rêves en rentrant à Paris…

Qu’importe !! j’aime que nous soyons de la même espèce…
De ces « saute-ruisseaux » et « va nus pieds »…
Qui ont taillés de gigantesques royaumes en ces terres creusoises
Rejoignant la table du soir pleins des conquêtes du jour
Echappant ainsi aux briseurs de rêves et gens policés

Aussi cette noble terre a sauvé bien de nos rêves…
C’est en partie par elle, alors, que s’est construit en nous la force du guide
pour servir qui a perdu ses rêves en trébuchant en chemin…

Alors ma dame, surtout ne calmez pas trop vos ardeurs sauvageonnes
Vos envies de chevaux et de boue des étangs…
Garder moi au contraire vos griffures et morsures rebelles…
Je voudrais vite, l’honneur de visiter vos royaumes
L’on pourrait jouer à se perdre dans vos bois…
nous verrions si vos crapauds et vos biches auront du cœur à m’indiquer vos cachettes…
(Je souris à la diversité des entendements de ces phrases… sans en renier aucune ! si vous me permettez…)


Ana, (3)

Oh Ana ! le bonheur de votre réponse…

C’est que j’ai crains, déjà, de vous avoir perdu…
(J’ai vue ce matin votre visite… j’étais moi dans les Fonds Européens !)

Vous parlez bien de la lune… comme elle est…
J’ai eu – moi - bien du chemin à la reconnaître…
C’est qu’elle trône chez moi tout à côté du Soleil…
Forte, en plus, de tout ce que j’ai du Cancer…

Mes parents n’y ont vu que du feu !!
Chez ces gens là, ma Dame, on est ingénieur !! pas poète…
A la rigueur archevêque… mais pas musicien…
J’ai du tout découvrir, après, en partant de zéro…
Me suis fait bien des bosses à apprendre ce que je n’étais pas…
Quelques blessures aussi…

Et vous connaissez les forêts creusoises ? magnifiques !
Aaaah les tapis de feuilles, de fougères et de mousse… les murs de pierre…
Rude paysages tout de même… mais merveille !
J’y ai fait mes bêtises d’enfant…
Poursuivi quelques moutons qui étaient bisons à ma taille
Nous faisions ça en bande… comme les Cheyennes…
Temps bénis… pas de Sarkozy pour nous empêcher d’être petit…
Il y avait bien quelques maisons de sorcières
Que nous disait ma grand tante pour nous assagir un peu
On hâtait le pas…

Ana, las… il faut que je vous quitte et vous oublie un peu… jusqu’à lundi…
Vous êtes déjà tellement présente !!
Nouveau tout cela… ce sentiment d’admiration… (vos talents et ce que vous avez su devenir)
sourire aussi… à imaginer vos extravagances, votre créativité…
envie de côtoyer tout ça… de nous en amuser…
(n’ayez crainte, Ana, si je m’envole avec facilité, dans les airs comme en esprit je sais aussi l’art de l’atterrissage… en douceur…)

Après je veux vous rencontrer… vous me direz où vous voudrez
Pour notre rencontre… j’aimerais convoquer quelques chevaux et une grande calèche…
vous mettrez, s’il vous plaît ma Dame, votre chapeau de princesse des sous bois…
Je me ferais bourgeois de l’empire… ou hussard de la garde si vous préférez…
(Je trouverais bien, d’ici là, à me faire quelques cicatrices…)
J’irais vous attendre sous la statue de Bellecour… ou devant St Paul…
Je dirais au préfet un bout de nos rêves qu’il arrête un moment les voitures
Pour ne pas effrayer les chevaux…
Je ferais jouer le Messie d’Haendel « O Thou that tellest »
Les Lyonnais verrons que nos rêves sont grands !

A bientôt Ana…
(en attendant ne retenez pas vos rêves… s’ils sont avec moi…)

samedi 28 février 2009

Lettre Ouverte à J.M. P. - 21 mars 2006

Une fédération sportive en crise !  Après le décès brusque d'un président "historique" sur fond d'escroquerie à l'assurance, un nouveau président (ancien militaire) s'essaie à la transparence... montée des tensions au sein du Comité Directeur qui finit par exploser... le président démissionne, orchestre son retour... l'Assemblée Générale 2006 est "houleuse", "agressive"... une vraie tentative de reprendre le pouvoir en force !
Représentant mon club à cette assemblée, j'écris et publierais cette "Lettre Ouverte" pour bien décrypter et exposer la manoeuvre, et pour soutenir la nouvelle équipe auprès du "peuple" en ébullition. Je rejoindrais ensuite le nouveau Comité Directeur pour travailler les années suivantes à une refonte des Statuts et règlements.  


LETTRE OUVERTE A J.M. P.

Mais enfin, monsieur P., que voulez-vous ???

Vous avez décidé un jour le renvoi du Directeur Technique National, ce qui constitue quand même une décision d'importance pour une fédération, et qui aurait justifié il me semble, à tout le moins, un débat au Comité Directeur ... vous n'avez pas eu cette patience (10 jours) et n'avez pas aimé être désavoué par le dit Comité Directeur sur ces manières « solo » ... et vous prenez alors la décision - que personne ne vous réclame - de démissionner ...

Bien ...
... et l'on ne tarde pas à voir poindre sur quelques forums Internet et se répandre dans les clubs toute sorte de bruits ... « c'est le bordel à la fédé ! » ... et la demande de démission collective du Comité Directeur comme solution suprême pointe bientôt le bout de son nez ...

Demande confuse car seuls les initiés peuvent vraiment savoir de quoi il en retourne, mais soit !! ...des pétitions circulent : « Ca ne peut plus durer, il faut un retour devant le peuple ... démission générale !!! »

Etonnement tout de même ! Ce comité là, dont on veut la démission, n'a-t-il pas été élu selon les règles ?? Y a-t-il eu magouille, manœuvre, usage de faux à son avènement pour justifier pareille opprobre ??? Mais non, rien de cela ... son élargissement répond même à votre souhait, Monsieur, et c'est sous votre mandat qu'il se forme ... à un moment où il vous aurait été facile, en demandant plus de candidatures, que le «peuple» tranche et écarte le bas de la liste ... vous ne l'avez point fait ... manque de clairvoyance et d'anticipation ?? Manque de sens politique ???
Cela laisse bien l'impression, monsieur, que vous ne savez pas utiliser les règles du jeu, anticiper, manager les hommes. Et qu'au fond - la suite va le montrer - faute de ce savoir-faire, vous utilisez le «passage en force», le «hors-la-loi», pour vous maintenir malgré tout. Ce qui, pour un (ex) Président de Fédération, montre un bien mauvais exemple (le hors-la-loi) et conduit forcément à des conflits interpersonnels (le passage en force)... dont vous rejetez la responsabilité sur les autres !! Ben voyons !!!

Car effectivement il y a des règles à la révocation du Comité Directeur ... des règles que l'on accepte quand on «adhère » ... des règles qui peuvent être modifiées par une procédure (Assemblée Générale Extraordinaire). Vous l'avez fait sur d'autres points, c'est donc faisable ... un peu lourd tout cela sans doute, mais l'on n'a pas trouvé mieux pour se prémunir des pressés, des autocrates et dictateurs en tous genres et des « faits du Prince » ... pas toujours éclairé.

Car quelles propositions en alternative à ces règles communes ? La pétition ? L’applaudimètre (on a même entendu cela lors de l'Assemblée Générale !!) ? Le coup de force ? ... et notre fédération serait-elle à ce point un lieu de crime, de gabegie, de corruption, d'asservissement de son peuple que cela justifie la révolution ? On désigne confusément deux B. et un V. (sans jamais les nommer) à la vindicte populaire... ils porteraient le poids de l'affaire des assurances... faut-il lyncher ces trois là - qui certes grandiraient à partir - pour résoudre l'affaire ??? Faut-il redire qu'ils ne sont là, régulièrement élus aux vues de nos statuts, que parce que vous n'avez pas su, en temps et en heure, faire ce qu'il fallait pour qu'ils soient écartés... dans les règles.

Mais naïveté à penser que votre problème serait ces trois là !

Et il faut décrypter la manœuvre :

J'ai bien eu votre liste de candidats, avant l'Assemblée Générale ... complète, prête à prendre les commandes ... une liste « unie», pour « fédérer», avec des valeurs de « démocratie participative», pour en finir avec le « devoir de réserve» !! (Ah les beaux mots que l'on arrange au kilomètre avec les copier-coller et l'Internet !! J'ai aussi, monsieur, cet art là, mais sais bien hélas, que les mots font souvent paravents à de bien mauvaises manières.)
Car, au fond, votre analyse étant que c'est « le manque d'unité et de partage des valeurs du Comité Directeur» qui aurait empêché son bon fonctionnement (à vos yeux) ... vous produisez donc, cette fois-ci, une équipe « cohérente et unie» pour qu'enfin cela fonctionne ... Bref il vous faut « votre» équipe ... c'est cela qui n'allait pas ! Soit ...
Mais pour que cela se fasse, il faut que le Comité Directeur démissionne ... dans son ensemble ... pas seulement les trois dinosaures ! Démission générale donc, que vous même et vos colistiers surtout vont asséner sans répit à longueur d'Assemblée Générale ... demandant, de faite, que l'article 14 de nos règles soit bel et bien oublié (!!), pour que les 64% du peuple FFVL « présent ou représenté» puisse s'ériger, ici et maintenant, en pouvoir suprême, pour décider, que dis-je, exiger !! ... La démission générale qui fasse le lit de votre projet ...

Le coup de force est en place ... mais lâche, monsieur, je l'affirme : car vous n'avez pas voulu faire le bilan moral de vos 11 mois et 10 jours de mandat ... laissant à l'intérim des 20 derniers jours le soin de s'exposer aux votes et à la vindicte agressive de la partie de salle qui veut la démission !! Je ne vous trouve pas très courageux sur ce coup là ... Vous lisez un « bilan d'activité» (confusion vous n'avez pas été Secrétaire Général en cette période) non statutaire, comme pour vous attribuer, seul, le travail de toutes les équipes ... et vous n'avez pu faire cela que grâce à la courtoisie du secrétaire de séance qui ne vous a jamais refusé la parole, sans être dupe de vos manières et intentions pour le moins douteuses !! ... ils ont eu, monsieur, cette élégance là à votre égard...

Mais vous... euh... sérieusement... vous pensez «fédérer» avec des manières pareilles ????

Nous voilà donc à l'après midi dans une pression extrême ... les chiens sont lâchés et le bureau directeur fini par proposer - dans le respect de nos règles communes - que soit réalisé un vote indicatif de la salle sur la « démission générale » ... et que les membres restés en place indiquerons ensuite leur position personnelle ...
Vote donc et 66% des « présents ou représentés» (42% du peuple fédéral donc) sont favorables à une démission du Bureau directeur ... Chacun des élus vient donc s'exprimer : les B. et V. refusent de démissionner ainsi que quelques autres qui défendent avec courage, devant la meute, leurs activités ou convictions et légitimité ... et c'est leur droit le plus strict à relire nos règles communes, il faut bien l'affirmer et le redire très fort !!
Du coup les furieux sont furieux !! Le passage en force a échoué ...
Délibération des membres de votre liste monsieur, et vous décidez, collectivement, de retirer vos candidatures (vos manières ne supportent donc pas d'avoir une opposition !!??) et chacun viendra dire ses motifs, ses désillusions et ses blessures ... Emotions ...
Donc ceux qui restent candidats sont élus ... pas beaucoup de voix mais ils sont élus, ce sont nos règles.

Alors, monsieur, je m'inquiète et je me réjouis :

Je m'inquiète d'une gouvernance de projet qui fonctionne dans l'immédiateté personnelle de l'instant, sans savoir se donner le recul du temps et la sagesse de la réflexion collective.
Je m'inquiète d'une gouvernance de projet qui ne sait pas composer avec une opposition ... fusse t'elle forte.
Je m'inquiète d'une gouvernance de projet qui abandonne le navire en route parce qu'on la contrarie (crime de lèse-majesté ??) ... et veut foutre le feu au bateau (ce qui n'est pas bien difficile chez nous depuis l'affaire des assurances) pour montrer peut être que « sans elle, point de salut ! »
Je m'inquiète d'une gouvernance de projet qui voudrait se jouer des règles qu'elle ne sait pas utiliser à bon escient ... et invite donc au non-respect ... des règles communes ... quand ça l'arrange !!
Je m'inquiète d'une gouvernance de projet qui utilise la manœuvre, la confusion des genres, la vindicte populaire, la pétition, la générosité et la passion des naïfs ... bref le passage en force.
Je m'inquiète d'une gouvernance de projet qui n'hésite pas à monter les furieux, les frustrés, les vindicatifs, les révoltés, les libertaires, les incendiaires, les généreux, les affectifs ... ils font facilement les milices des aventuriers ... (j'ai vu au lendemain de l'Assemblée Générale, sur un forum connu sortir le mot « pourris» !! déjà ... )
Et je m'inquiète, pour vous aussi, monsieur. Votre aveuglement sur vos manières vous a conduit bien loin, et les hommes dans ces situations n'ont parfois que la fuite en avant comme stratégie. Et l'on sait par l'histoire la fin des autocrates ! Il y a bien du dégât d'abord ...
Vous verrez ce que vous déciderez de faire ...

Et puis aussi je me réjouis :

Je me réjouis que tout cela ait été écarté.
Je me réjouis qu'en pareille tempête il y ait eu de bons marins dans notre fédération. Ils étaient - sans qu'il y ait eu le courage de le dire vraiment - livrés à la vindicte de vos troupes ... Ils ont essuyé les quolibets, supporté la pression ... bien vue les manœuvres ... avec calme et courtoisie ... gardé toujours la mesure et la loi commune ...
Ils ont eu l'élégance de vous donner la parole autant de fois que vous l'avez souhaité, de démissionner pour montrer que là n'était pas leur peur.
Ils ont tenu la maison dignement et je les vois capables de continuer à le faire malgré les tempêtes qui pourraient surgir.
Ils méritent le respect et le soutien de nos adhérents.

Sachez bien monsieur, pour conclure, que je ne doute pas de votre générosité et dévouement de bénévole. En cela vous avez tout mon respect. Mais cette histoire montre que vous n'avez ni le « savoir-faire», ni le « savoir être» pour manager et piloter sereinement une équipe.
« Lâchez » donc ce pouvoir là à ceux qui savent faire, et utilisez vos talents, à d'autres places, pour servir notre collectivité. Cessez d'alimenter les flammes, reprenez vous c'est urgent, songez à influer le retour au calme dont nous avons tant besoin... Vous avez et aurez une grande responsabilité, monsieur, sur la suite de l'histoire.

De tout cela je suis prêt à débattre, publiquement, autant qu'il vous plaira.
Bonne réflexion, monsieur.

vendredi 20 juillet 2007

Parapente : Vol Montlambert / Parmelan et retour. 21 avril 2007

Je sentais bien que j’allais faire quelque chose… tellement d’envies avec ma nouvelle Aspen II après quelques mois d’échauffement dans des météos moyennes… et puis après un sympathique aller retour « Montlambert/Roc des Bœufs » deux semaines avant, la conviction que pour aller plus loin, il me faut dépasser les trois heures de vol et aller vers les cinq heures et plus ! Se mettre en condition donc, et bien régler la sellette.

Et puis depuis quelques jours déjà des plafs de rêve, des petits cums comme on les aime : bien haut et pas trop dodu… mais bon, quand il faut bosser, on ne peut que ronger son frein en espérant que pour le week-end « ça le fera » aussi bien.

Et bien justement les prévisions sont au top pour ce samedi avec des plafs prévisibles aux alentours de 3.000 et un vent météo faible : faut y aller !

Montée à Montlambert après un passage au terrain d’atterrissage et je rejoins un groupe d’Indiens, contemplatif en attendant la bonne heure pour y aller… le temps de manger un morceau et déjà quelques voiles au sommet du Charvet nous signalent que « ça sort »… c’est le moment, faut y aller…
C’est bien alimenté au décollage et Pierre parmi les premiers à être prêt nous arrache le mât de la biroute avec sa voile… histoire de se mettre en confiance…

Décollage pour moi et je vais dans la « combe du deux » toujours bien alimentée… c’est assez pétard et pas bien installé et il me faut une vingtaine de minutes pour atteindre les prés du Charvet, tout comme Roberto, Pierre et Nico que je croise alternativement dans le secteur… je choisis de quitter le coin où je bloque vers 1.300 mètres et d’avancer vers le Pelat en comptant sur le thermique du Col du Pré du Tour pour faire un plaf qui m’ouvre l’entrée dans les Bauges… et ça marche comme prévu, j’enroule avec un bi-place et je vois Pierre qui revient radada du Pelat nous rejoindre dans la pompe. On atteint la fraîcheur (2.200) et on s’ouvre l’horizon. Pierre est parti plus bas que moi vers les contreforts du Colombier, je le suis en direction du nuage en avant du relief. Roberto qui a fait son plaf au Charvet suit pas loin derrière et Nico se démène toujours au dessus du déco pour sortir.

Ca descend bien tout de même pour moi et je vois Pierre devant qui ayant raccroché assez bas enroule rapidement jusqu’au nuage. Derrière Roberto fait un plaf en avant du Pelat puis transite directement vers la Dent de Pleuven à la suite de Pierre qui ouvre la route. Je me refais devant le Colombier et entend mes compères en radio qui raccrochent bas sur la Dent de Pleuven tandis que Nico nous dit qu’il arrive enfin dans le secteur.

Je transite à mon tour vers la Dent de Pleuven où j’ai Pierre en visuel qui reprend de l’altitude devant la dent avant de longer le Charbon à hauteur des premiers contreforts. J’arrive à mon tour sur la dent et j’entend Pierre en radio dire qu’il rentre. Il s’est pris une grosse dégueulante qu’il n’a pas aimé et fait demi-tour. Je le croise alors que je reprend de la hauteur le long du Charbon. Un couple de Chamois prés d’un névé ne semble guère effrayé par nos évolutions. Quelques randonneurs me permettent de bien visualiser mes gains d’altitude… d’abord en dessous je ne tarde pas à les regarder d’en haut. J’aperçois également Robert qui scie du bois et cherche à se refaire, et puis Nico qui rejoint à son tour la Dent et enroule d’une seule traite jusque vers 2.600. Cette fois c’est moi qui le suit vers le Roc des Bœufs, et Robert qui a tardé à sortir du Charbon ferme la marche… quelques derniers appels en radio pour m’apercevoir que je n’ai plus de batterie… déjà 2 heures de vol mais pas de problème pour moi, je suis déterminé à faire ma première traversée du Lac d’Annecy sud/nord. Alors, après un plaf à 2.400 devant le Roc des Bœufs : c’est parti !

Accélérateur à fond pour une transition très tranquille… j’en profite pour sortir l’appareil photo et prendre quelques clichés rapides du paysage merveilleux qui m’entoure. Quelle beauté ce lac !
J’aperçois les voiles en stage SIV bien en dessous qui manœuvrent, et j’arrive au relief presque au niveau du décollage de la Forclaz, légèrement en dessous. Y’a la queue comme aux grands jours, mais les décollages semblent chauds et le thermique bien en place ! Nico que je n’ai plus eu en radio arrive juste derrière moi, je ne sais pas où est passé Roberto. On enroule dans la grappe avec quelques Indiens en stage SIV… Je salut Thomas avec qui j’enroule quelques tours… avant de poursuivre vers le Lanfonnet. Quelques tours aussi avec Nico pour décider de la suite à donner… « OK pour le Parmelan ?? » Allez c’est parti !

Je me lance de 2.400 mètres un peu avant les Dents de Lanfon mais me fait bien dégueuler avec du –4[1] régulier en approchant du relief… je comprends pourquoi les voiles passent à l’écart… mais j’arrive à me refaire sans trop de difficultés. Nico qui arrive juste derrière mais plus haut se fait satelliser en moins de temps qu’il ne faut pour le dire au dessus du Col de Pertuis… je cherche aussi à faire le plaf et voit Nico au dessus qui part en vallée direction Genève… mais où va t’il ?? Fait il un point de contournement le plus loin possible ?? Je suis plus bas que lui et m’avance plein Nord pour mettre encore un peu de distance avec le point de départ… je ne suis pas loin des 100 km si j’arrive à rentrer, mais il manquera quand même quelques kilomètres… il faudrait en faire encore 2 ou 3 vers le Nord… mais je ne me le sens pas… je ne vois plus Nico qui ne semble pas avoir fait demi-tour… pour moi c’est décidé je rentre !

Nouveau plaf vers 2.500 et cap sur les Dents de Lanfon… J’arrive sur la gencive et me met entre les Dents et le déco de Montmin… erreur sans doute, je sens du mou dans mes commandes, lève la tête pour voir ma voile piquer du nez et partir très violemment en arrière ! Boups… je contrôle, mais cette belle frontale me refroidit un peu et me montre que j’analyse sans doute assez mal l’aérologie du secteur ! Je cherche où prendre du gain pour retraverser le lac… je traîne un peu et entrevois un instant la nécessité de poser à Montmin… c’est dire que le moral hésite… mais je ne tarde pas à trouver un endroit favorable et remonte à un peu moins de 1.600 mètres, suffisant pour la traversée du lac… traversée en crabe car la brise est bien là, mais j’arrive sur le bas du Roc des Bœufs à 900 mètres, bien en place pour l’ascenseur.

La remontée est assez facile bien que les thermiques soient toujours assez forts et que je ressente une baisse de tonicité mentale après 4 heures de vol et la frontale devant les Dents de Lanfon ! En enroulant au dessus du Roc des Bœufs un autre parapente se rapproche et me hèle pour me signaler une clé dans mes suspentes… en effet une suspente de frein fait un nœud suffisant pour que ça se remarque sur le profil de l’aile, mais pas suffisant pour gêner le vol. Et puis… Oups… c’est tout noir du côté de l’Arclusaz et de la Combe de Savoie ! Pas très engageant tout ça… d’un côté j’aimerais bien boucler ce beau vol en effectuant la fin de parcours assez facile que je connais bien… d’un autre, attention à l’objectif de trop ! C’est plus clair du côté du Margériaz, mais là c’est un peu l’inconnu pour moi et puis de toute façon, après, c’est tout aussi noir du côté de la Gallopaz !

Bon… Y’a quand même un peu de luminosité vers le col du Frêne et peut être qu’en s’approchant ce ne sera pas si terrible… et puis je ne vois pas de gros développements au dessus de la masse noire… mais bon, on dirait quand même bien qu’elle englobe une sacrée surface : Belledonne, Maurienne, Combe de Savoie… J’opte pour une solution « radada » : pas de gros plafs, j’essaye de rester en bas… et si je sens que ça monte sans raison : je pose !

Du coup, pas plus de 1.900 mètres de plaf vers le Julioz avant de me lancer vers l’Arclusaz les yeux rivés sur le vario qui reste sagement aux alentours de –1… même chose en longeant les pieds de l’Arclusaz… du +1/+2 par courts instants… pas plus… Je reste bas sans enrouler et m’avance vers le Col du Frêne en passant sous la Crête de la Via… ça passe bien tranquillement… ça y est : c’est fait ! Cap sur l’attéro de St Jean…

Mais sous le vent du col je me prends du –4 en continu… j’arriverais pas à l’attéro officiel mais le terrain de foot de St Jean fera l’affaire ! Posé dans la dégueulante après 5h20mn de vol ! Pas le temps de défaire la sellette et le portable qui sonne… on a dû me voir poser… même pas, c’est ma compagne qui s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles avec un ciel aussi chargé… C’est qu’on ne le dirait pas, mais du côté d’Annecy c’est bien dégagé… j’en sais quelque chose !

En tous cas quelle satisfaction d’avoir bouclé une aussi belle aventure, bien engagée, et de fort belle manière ! Pas tout à fait 100 km, mais pas loin… ce sera pour la prochaine… et puis en levant la tête j’aperçois une voile qui passe le Col du Frêne… on est donc deux dans l’aventure ?? Et oui c’est Nico qui me rejoint après avoir été jusqu’à Sous-Dine… il l’avait annoncé avant de décoller… Bravo… et satisfaction aussi de partager à deux ce très beau vol !

(Trace GPS du vol : http://parapente.ffvl.fr/cfd/liste/2006/vol/20060969)

Christian Chevalier

[1] Indication du Variomètre en mètres par seconde ; -4 = une perte de 4 mètres d’altitude par seconde

Parapente : première traversée des Bauges en parapente - 1er juin 2005

Ce mercredi 1er juin commence doucement par la consultation de la météo spéciale vol-libre sur Internet à 9h30… non pas que j'ai besoin de cela pour voir s'il fait beau… mais pour savoir si "ça va le faire" comme on dit chez les parapentistes… bref est-ce que ça va monter haut ??

D'autant que je suis très motivé motivé… l'année dernière à la même époque je me remettais d'une entorse au genou, et depuis ce début d'année pas de grandes conditions de vol… où alors j'étais au boulot…

Le boulot justement, parlons-en ! C'était plutôt intense ces derniers temps avec plusieurs incidents inhabituels ces dernières semaines et qui ont fait grandir un climat de tension et d'insécurité dans le groupe et de la fatigue dans l'équipe : un vol de vélo avec effraction commis par un jeune en errance, ancien hébergé renvoyé… un hébergé alcoolisé qui frappe une maîtresse de maison (c'est la première fois en six ans)… et puis un vol avec effraction commis visiblement par un ancien hébergé avec une complicité interne… bref, un coup de "calgon" qui m'a demandé beaucoup de présence et de vigilance ces derniers temps pour rassurer et rétablir un sentiment de sécurité et d'apaisement dans le groupe..
Alors cette semaine de vacances je l'ai commencée au bureau, lundi, mais pour constater que le calme était revenu et l'équipe bien en place… donc OK pour m'accorder un peu de répit et profiter enfin d'un peu de beau temps pour essayer de faire quelques beaux vols…

Et puis je me sens prêt… j'ai changé de voile en ce début d'année et j'ai affûté mon matériel. J'ai maintenant une sacoche ventrale dans laquelle je range une réserve d'eau avec un tuyau pour boire pendant les vols de durée ; j'y accroche également radio et micro pour communiquer en vol avec les autres pilotes, un GPS pour la vitesse sol et pour savoir si mon altitude me permet de rejoindre mon objectif, et un vario qui m'indique par ses bips sonores l'intensité de la montée… ou de la descente… et qui m'aide à bien centrer les ascendances. Et puis, à défaut de grandes journées, j'ai quand même bien volé, avec plusieurs vols de 2 heures et plus, en local, qui m'ont permis d'affûter mes sensations.
Manque plus qu'une météo adaptée… et ce premier juin semble sympa, mais un peu mou pour voler sur le site local où hier on s'est fait chahuter pendant une heure par un vent du nord un peu fort… Alors on décide d'aller sur Annecy, où, paraît-il, le lac aide à faire sauter les inversions qui nous empêchent de bien monter…

Il me reste un peu de temps pour faire quelques courses avant de me rendre à midi à l'atterrissage de St Jean de la Porte, rendez-vous de la tribu des Indiens dont je fais partie. On n'est que deux à partir avec ma Kangoo mais on doit ramasser un troisième larron à Albertville et rejoindre des Mauriennais sur le site du Col de La Forclaz, l'un des décollages les plus fréquenté de France ! Le site est magnifique sur les bords du Lac d'Annecy et de nombreuses écoles de la région y amènent leurs élèves pour des stages de Simulation Incidents de Vol… au-dessus du lac les réceptions sont moins risquées quand on doit utiliser son parachute de secours !

Beaucoup d'Allemands sont présents et nous font quelques démonstrations de décollages burlesques… d'autant que c'est plutôt fort… il est deux heures de l'après midi et la brise dresse les deux manches à air à 45°… à peine la voile au-dessus de la tête c'est l'ascenseur direct pour une bonne centaine de mètre de gains et sans avancer face à la brise ! Impressionnant ! Ca monte presque trop… et les voiles en l'air se font brasser sévèrement, semble t'il… Les Mauriennais ne sont pas très motivés pour se mettre en l'air dans ces conditions et l'on commence à se dire que ce n'est décidément pas la bonne journée que l'on pouvait penser… Alors on attend… pour voir si les conditions se renforcent encore ou si elles faiblissent… et puis notre repère pour notre projet de traverser le lac, c'est de voir s'il y a des voiles au-dessus des Dents de Lanfon… point de départ habituel pour traverser le lac et rentrer dans les Bauges… en attendant Jean-Louis nous montre sur la carte les itinéraires possibles d'une traversée des Bauges avec les explications adéquates sur les brises et thermiques du secteur.


Trace du vol sur Google Earth
 Enfin vers 15h30 deux voiles ont dépassé les Dents de Lanfon… c'est le signal du départ, on sort le matériel, on s'équipe et on se prépare, on déplie la voile et on vérifie que tout est clair dans les suspentes. Une fois prêt on prend son tour sur la toile du décollage où 5 à 6 parapentes peuvent se déployer en même temps.

Séquence émotion… je n'ai pas fait de très beaux décollages ces derniers temps et même quelques sketches… et par ces conditions fortes c'est toujours un moment où le cœur bat un peu plus fort… un pré-gonflage pour vérifier que tout va bien et mettre l'aile en bonne position et on essaye d'attendre un créneau plus laminaire et où il n'y a pas d'entrées de vent de travers… Jean-Louis décolle en premier et s'y prend à deux fois pour amener sa voile correctement au dessus de sa tête…

C'est mon tour, je suis face à ma voile, je tire sur les avants pour qu'elle gonfle et monte au-dessus de ma tête, je contrôle aux freins… petit coup d'œil de vérification et je me retourne pour me lancer dans la pente en suivant ma voile qui part sur la gauche… faut pas la contrarier dans ces moments là… suffit de sauter un peu pour éviter la voile au sol devant moi… ça y est, je suis en l'air et ça monte immédiatement… Ouf ! la phase la plus délicate s'est déroulée sans problèmes… je m'installe dans ma sellette, allume mon vario et commence ma recherche des meilleures ascendances… en dessous, c'est André qui décolle pour nous rejoindre…

C'est tout de suite assez fort… on se prend de bonnes claques en rentrant dans des ascendances qui nous chahutent un peu en nous faisant prendre quelques dizaines de mètres… que l'on perd tout aussi rapidement dans des dégueulantes qui font beugler nos varios… On regarde autour de soi les autres voiles pour repérer les coins où ça monte… parfois ce sont des rapaces qui enroulent et nous montrent les thermiques… et puis il faut se concentrer sur son vol… sentir… analyser… rentrer dans son vol et comprendre la masse d'air… de temps en temps un gros déséquilibre dans la sellette et des bruits dans la voile nous indiquent des petites fermetures… à n'en pas douter c'est turbulent ! Il faut bien tenir sa voile… Petit à petit ça vient… on commence à enrouler et garder le thermique sur plusieurs tours pour prendre jusqu'à plusieurs centaines de mètres dans la même colonne d'air.

On s'appuie sur un premier relief juste derrière le déco… Jean-Louis et André ont été plus rapides que moi et je les vois partir vers le Lanfonnet… un peu bas il me semble… Normalement il faudrait aller jusqu'à 2000 mètres minimums pour envisager de traverser le lac et ils ne sont qu'à 1500 mètres environ !

Je m'engage vers le nord pour les suivre mais j'aperçois sur ma droite, bien au-dessus, un bi-place qui longe le flanc de la Tournette et ne semble pas chahuté. Je prends le parti d'aller le rejoindre et trouve effectivement de belles ascendances qui me montent jusque vers 1900 mètres. Ca me suffit pour être au dessus du Lanfonnet et je transite vers ses falaises pour compléter mon gain… Je me fais bien secoué en arrivant sur les crêtes et rencontre des ascendances qui me bousculent fortement… pas très confort tout ça et faut garder sa voile bien au dessus de la tête ! Mais bon ça monte… dans les moments d'accalmies je profite de ces alpages magnifiques… Mon Dieu que ces montagnes sont belles… avec le lac en toile de fond… splendide ! Quel bonheur !

J'entends Jean-Louis en radio sans toujours comprendre ce qu'il me dit… je les ai vus bas et j'ai l'impression qu'ils se sont posés sans avoir pu traverser… Je navigue pour ma part entre 1900 et 2000 mètres… et puis une dernière ascendance me monte à 2200 mètres… c'est bon j'annonce en radio que j'y vais et prend le cap pour traverser le Lac au niveau du château de Duingt et vers le Roc des Bœufs où il faudra raccrocher pour poursuivre dans les Bauges.

Faut avancer en crabe pour contrer la dérive… les brises sont fortes mais mon GPS, qui m'indique ma vitesse sol, me rassure quand à mon avancée vers ma destination. Au moins pendant la traversée c'est tranquille et je prends le temps d'admirer le paysage… quelle merveille ce lac d'Annecy !

Ca y est traversée effectuée et je rejoins assez haut le Roc des Bœufs où il y a déjà trois voiles… dont mes deux compères qui ont réussi à traverser également en étant partie de moins haut… super ! A trois on repère mieux les ascendances et la remontée de cette longue falaise est assez facile et plutôt plaisante… mais vient une ligne à haute tension qui barre notre progression, il faut prendre suffisamment de marge pour ne pas prendre de risques… à ce petit jeu André est contraint de s'éloigner des crêtes et ne retrouve plus rien pour se maintenir dans la course… il est obligé d'aller se poser prés d'une route et devra attendre la navette prés du Col de Leschaux !

On continue Jean-Louis et moi… c'est moi qui suis devant et passé le sommet du Roc des Bœufs je poursuis sur le bout de la falaise où, d'après Jean-Louis, il faudrait faire le maximum de gain pour poursuivre le voyage… mais je ne trouve rien de bien encourageant et fais demi-tour pour revenir vers le sommet où c'était meilleur… mais je suis surpris par la force de la brise et n'arrive pas à avancer face à elle et me fait même sérieusement dégueuler… Jean-Louis qui me rejoint fulmine en radio contre les "brises du nord" et nous nous éloignons de cette zone plutôt descendante… on va tenter de se refaire sur le Julioz… Je vois Jean-Louis devant moi faire un arc de cercle devant le relief du bas du Chabert et partir en plaine… il renonce et va se poser… moi j'aperçois un bout de caillou bien au soleil avec les feuilles des arbres bien remuées… c'est bon signe… et je m'y accroche pour longer la crête… ça remonte doucement… Je vois pendant ce temps là Jean-Louis qui pose dans un champ à 1 km environ du Chatelard… De mon côté, le Chabert n'est pas bien haut et je me retrouve comme tout à l'heure en bout de relief sans rien trouver de significatif… j'arrive bien à prendre une quarantaine de mètres mais je les reperd tout aussi rapidement… je vois le village du Châtelard et je me dit que j'ai déjà fait un bien beau vol… j'hésite à aller rejoindre Jean-Louis, où à poser à l'entrée du village… je tourne mais n'arrive pas à vraiment m'extraire… je vois bien quelques nuages qui m'indiquent qu'il doit bien y avoir quelques ascendances dans le coin… Jean-Louis m'encourage en radio… je persévère un peu et puis je vois que je peux passer la crête et aller me poser un peu plus loin dans la vallée vers Compôte… je finis par m'y lancer et trouve dans le petit col entre le Chabert et le Julioz un beau thermique qui me remonte proprement jusqu'au nuage et 2100 mètres ! Incroyable… en enroulant ce beau thermique j'aperçois un parapente qui vient d'Annecy comme nous et qui se pose vers Compôte… Cette fois j'entrevois le succès et le bas de l'Arcluse à ma portée… si j'accroche sur ses falaises ensoleillées je devrais y trouver de quoi remonter jusqu'à la dent de l'Arcluse pour basculer dans la Combe de Savoie !

C'est partit pour la transition et j'accroche comme prévu sans difficultés… je longe bientôt toute la pente en remontant avec elle… C'est incroyable… je l'ai fait ! Je jubile intérieurement et l'annonce en radio avant de me faire tarter copieusement en arrivant au col… je ne sais pas trop quelle aérologie il y a ici, mais faut pas chercher à comprendre et se barrer vite fait en gardant ses distances avec le sol ! Mais c'est fait, je bascule de l'autre côté… ça y est, je suis au dessus de St Pierre d'Albigny et me demande où aller poser : Chamoux ou St Jean de la Porte ?? Chamoux ça rajouterait quelques kilomètres au compteur mais faudrait attendre la navette un bon bout de temps… à moins que là bas aussi je raccroche le relief pour poursuivre cette belle aventure… mais ce que je viens de faire me suffit… On m'attend pour un dîner d'anniversaire… et un appel radio pour savoir s'il y a d'autres Indiens sur le site restant sans réponses j'opte pour St Jean… et même pour le terrain de foot qui est le plus proche du bistro…

Me voilà posé après deux heures et onze minutes de vol… je me précipite pour satisfaire un besoin naturel (il était temps) avant de téléphoner aux collègues pour leur annoncer la nouvelle. André attend toujours au Col de Leschaux que ma Kangoo conduite par un Mauriennais passe le prendre.

J'espère qu'ils ne vont pas trop tarder car je ne voudrais pas me mettre en retard pour mon rendez-vous… nous avons réservé une table au bord du Lac d'Aiguebelette.

En attendant ma voiture je conte mes exploits aux quelques "Indiens" présents et paye ma tournée pour arroser cette première traversée des Bauges et mon anniversaire.

Enfin la voiture arrive… le temps de payer à boire à tout le monde et je bat le record St Jean / Planaise / Douche et habillage / Chambéry… pour se retrouver une demi heure plus tard au restaurant au bord du lac d'Aiguebelette : St Jacques flambées au wiski et filet de perche pour finir…

Voilà un premier juin que je n'oublierais pas de sitôt !

Christian