dimanche 20 mai 2012
à Marion - Février 1993
"Marionnette", Marion, mon enfant ma fille,
Ton rire, tes sourires, ta gaité
Ont enchanté le temps ou tu étais bébé,
Ta tendresse, caresse... gentillesses...
Ont bénis ton temps de petite fille.
"Marionnette", Marion, mon enfant ma fille
Je n'ai pas compris
Comment ta mère, moi, avons pu,
Imbéciles ! Emportés !
Abimer ainsi ton enfance.
"Marionnette", Marion, mon enfant ma fille
Que pouvais tu faire de tes "bloucs"
De ton espièglerie,
Sinon rempart contre notre méchanceté.
"Marionnette", Marion, mon enfant ma fille,
Loin de toi je me sens perdu,
De n'avoir pas su, de n'avoir pas pu t'éviter ça.
Loin de toi je me sens perdu
D'être ce papa que tu n'auras pas eu !
Oh "Marionnette", Marion, mon enfant ma fille,
Puisses-tu un jour me revenir !
Si tu veux bien, alors,
Ensemble, nous cheminerons....
Et panserons ces blessures.
Papa
Fin difficile d'un campement de demandeurs d'asile à Grenoble à l'automne 2010
L’année 2010 sera le théâtre d’une très forte arrivée de ménages demandeurs d’asile en provenance des Balkans (Serbie ; Kosovo ; Macédoine…) sur la ville de Grenoble. Ces ménages dont beaucoup sont accompagnés de nombreux enfants, satureront très vite les dispositifs d’hébergement spécialisés et déborderont sur l’hébergement d’urgence dont je dirige à l’époque le principal lieu d’accueil, sous la bannière du Centre Communal d’Action Social de la ville de Grenoble. La pression sera très forte pendant tout l’hiver confrontant quotidiennement les professionnels à des situations dramatiques de ménages avec enfants sans solutions dormant sur les pas de la porte du centre d’hébergement.
Au cours du printemps et de l’été 2010, divers campement improvisés dans des parcs de la ville verront le jour pour abriter les familles sans solutions. Un campement situé dans un square à une centaine de mètre du centre d’hébergement d’urgence que je dirige, connaitra une montée en puissance importante, situé en périphérie de la ville il ne constitue pas une gêne majeur.
De 6 tentes vers la mi juillet à 15 tentes à la mi août… le campement comptera jusqu’à 66 tentes au moment de l’arrivée du froid… et des difficultés relatées ci après.
LUNDI 20 SEPTEMBRE 2010
Cette semaine a commencé dès le lundi matin, vers 8h30, par l’intrusion au centre d’hébergement d’une vingtaine d’hommes du campement, fatigués, excédés par leurs conditions de vie précaires dégradées par les pluies du vendredi. Bientôt rejoint par les femmes et les enfants, c’est en tout près de 90 personnes que nous contenons dans le hall d’accueil. Nous faisons asseoir les femmes avec enfants dans le couloir d’attente, plus quelques chaises que nous mettons à leur disposition. Nous fermons les accès aux salles de réunion et aux parties hébergement, nous leur mettons à disposition l’usage des toilettes du personnel, et nous veillons à maintenir les conditions de travail des équipes.
Les informations sur la situation sont transmises aux diverses institutions par email. J’appelle ma hiérarchie au téléphone. Très vite nous décidons de ne pas faire appel aux forces de l’ordre, ce dont j’informe les occupants, car malgré l’agitation, l’énervement, la colère qui s’exprime, les personnes respectent les consignes et limites que nous leur fixons. Il s’agit aussi de « jouer la montre » et de voir comment la situation évolue au fil du temps. Ils nous disent à qui mieux-mieux toutes leurs préoccupations et multiples problématiques de santé, d’alimentation, de froid etc. qui rendent leur situation au campement intenable. Nous leur répétons régulièrement, pour faire face à leurs interpellations, les éléments du contexte et d’information dont nous disposons, nous leur montrons le mail d’alerte que nous avons envoyé, et nous reprécisons régulièrement les places et rôles des différentes institutions et leurs responsabilités respectives vis-à-vis de ces problématiques. L’élu qui préside notre institution est informé, mais enchaîne parait-il les réunions, d’après sa secrétaire il nous faut attendre les alentours de midi pour en savoir plus sur les éventuelles décisions et effets des tractations entre la ville et la préfecture, s’il y en a !
Les familles font des allers-retours entre le campement et le centre d’hébergement. Les effectifs d’occupation fluctuent entre 30 et 90 personnes. Il y a parfois des montées de colère, il faut veiller au grain en permanence, quelques usagers entrent et sortent, il faut assurer le fonctionnement habituel dans ce tohu-bohu impromptu.
Pas de réponses à notre alerte, « l’élu est au courant et agit… ».
Il nous faut faire le constat que le temps passant la détermination des occupants ne retombe pas et qu’il nous faut penser à résoudre cette crise avant l’arrivée des usagers habituels du centre à 16 heures. Nous avons contacté le Secours Catholique pour organiser un soutien alimentaire des parents et qui pourrait soulager une partie des tensions. Regain de tensions cependant à leur arrivée autour de la question du lieu de distribution. Pour nous elle doit se faire au campement mais pas dans le centre d’hébergement. Ils nous mettent la pression pour pouvoir manger dans la salle de réunion. Pas question de céder sur ce point. Cinq bonnes minutes de discussions musclées où je fais part de ma colère à les voir s’en prendre au centre d’hébergement qui ne peut en aucune manière régler leurs problèmes, et ma détermination à faire intervenir la police si besoin, et de toute façon pour dégager les locaux avant l’arrivée des hébergés si l’occupation devait durer jusque là.
J’informe la secrétaire de l’élu qu’il faudra une décision avant 14 heures pour pouvoir envisager de sortir de cette situation avant 16 heures.
J’ai peu après 14 heures un appel du sous-préfet, qui propose l’intervention des forces de l’ordre, je pense alors qu’il le fait après des contacts avec la mairie. Nous échangeons des informations sur la situation, sur la procédure et sur la façon d’opérer. Son appel à un moment où la plupart des hommes sont repartis au campement (pour la distribution alimentaire ?) mène à l’idée d’une intervention rapide pendant que seule une trentaine de personnes sont présentes au centre d’hébergement.
Nouvel appel du sous-préfet quelques instants plus tard pour me demander de confirmer par fax au préfet ma demande d’intervention. Et je suis avec ma secrétaire en train de préparer ce fax lorsqu’une délégation d’hommes revient du campement me dire qu’ils sont d’accord pour évacuer le centre d’hébergement mais souhaitent que je transmette à la préfecture des informations sur leurs situations individuelles. Effectivement le gros de l’effectif quitte nos locaux et j’informe immédiatement la secrétaire de l’élu de cette sortie de crise en lui demandant d’informer le sous-préfet pour annuler l’intervention des forces de l’ordre en préparation. Quelques désaccords cependant pour une partie des occupants et un petit groupe de femmes fait de la résistance pendant une bonne demi-heure encore. De nouveaux groupes arrivants alors du campement je finis par bloquer la porte et j’appelle la police municipale pour faire sortir les récalcitrants. Mais là encore, elles finiront par sortir des locaux sans qu’il soit nécessaire de faire usage de la force.
MARDI 21 SEPTEMBRE 2010
Dès le lendemain, le point de situation que nous faisons avec les cadres du service est alarmiste. Les prévisions météo font état d’une très nette dégradation (pluie, froid) de la situation pour la fin de la semaine. Ces derniers jours le campement est monté à plus de 60 tentes. Nous avons pu constater l’état d’affaiblissement, de fatigue, d’énervement, d’épuisement d’une bonne partie des campeurs lors de leur occupation du centre d’hébergement. Il est clair pour nous, qu’une fois terminé l’épisode de clémence météo qui s’est prolongé jusque là, le campement ne pourra pas tenir. La précarité des installations ne pourra résister à l’épisode de pluie et d’humidité durable qui est annoncé pour la fin de la semaine.
Il est clair aussi que le centre d’hébergement ne dispose pas de suffisamment de place pour proposer une mise à l’abri en urgence des campeurs si le besoin s’en faisait sentir.
D’autre part, nous faisons le constat que nous n’avons pas de connaissance objective des situations individuelles, ni même une idée du nombre de personnes réellement présentes. A chacun de nos passages quotidiens sur le campement ou lorsque les ménages venaient nous faire part de leurs difficultés au centre d’hébergement nous avons noté sur des bouts de papiers les situations préoccupantes qui nous étaient signalées et que nous avons relayé régulièrement aux différentes institutions et services, mais l’absence de dossier ne nous permet pas d’assurer un suivi de l’évolution des situations.
Nous décidons d’alerter notre hiérarchie de nos prévisions alarmistes et de réaliser un « inventaire » des situations en ouvrant un dossier par ménage. Les deux chefs de service s’en occuperont dès mercredi. Nous ferons passer le message au campement pour organiser cette opération et nous informons nos partenaires de ce projet afin d’essayer de coordonner et centraliser les informations, notamment pour essayer d’objectiver en lien avec médecin du monde les problématiques de santé qui sont évoquées par tel ou tel ménage. Cet inventaire devrait aussi nous permettre d’avoir une idée plus claire du nombre de personnes présentes sur ce campement.
Cette décision de constitution de dossiers donnera lieu, le soir même, à un courriel de colère du directeur du 115 : « Je constate que finalement vous marchez sur nos plates bandes ! … ».
MERCREDI 22 SEPTEMBRE 2010
Je commence la journée par un échange téléphonique musclé avec le directeur du 115 pour réagir à son email et lui faire part de ma propre exaspération concernant ce que je considère comme un manque de professionnalisme de son service. Entre autre, une réunion s’est tenue vendredi dernier à propos du campement « Jean MACE » sans que je sois invité, alors que je passe quotidiennement au campement et surveille les évolutions de l’hygiène, du nombre de tentes et de l’état général du campement et de ses occupants. J’ai également appris vendredi, par un email dont je n’étais pas destinataire et transféré par ma hiérarchie, qu’une nouvelle réunion était organisée le jeudi suivant, au centre d’hébergement, sans que personne ici n’ait été sollicité à ce sujet ! Une mise au point qui confirme une certaine confusion dans l’appréhension de l’organisation de nos services par ce partenaire, et une curieuse approche concernant la problématique « Jean Macé » ! J’aurais par la suite des excuses au téléphone de la chef de service du 115… dont acte. Mais qu’il est long et compliqué le chemin pour avancer vers une collaboration intelligible et efficace avec ce service !
Nous sommes cependant d’accord, le directeur en question et moi, sur le fait que nous avons, eux et nous, à faire face à des missions inextricables, et que chacun fait ce qu’il peut pour tenter de s’en sortir. Le campement « Jean Macé » représente pour le centre d’hébergement et son personnel une menace permanente qui justifie que j’y apporte une attention toute particulière. Les relations établies avec les ménages du campement ont permis que l’occupation du centre d’hébergement se déroule dans des conditions acceptables où mon autorité a toujours été respectée. C’est la meilleure garantie de sécurité pour le centre d’hébergement et son personnel.
Mes deux chefs de service reçoivent tout au long de la matinée les ménages qui se présentent dans une certaine confusion malgré nos précautions et la présence d’un hébergé traducteur qui nous facilite la tâche. Le point de situation en fin de matinée nous permet de recenser 28 ménages pour environ 135 personnes et de nombreuses situations préoccupantes : bébés ; enfants en bas âges ; personnes âgées ; malades etc. Plusieurs ménages passeront par la suite pour l’ouverture de leur dossier. Les ménages sont mobiles, certains sont en démarche où à l’hôpital, et notre inventaire n’est sans doute pas complet.
J’envoi à 12h un email d’alerte à ma hiérarchie où je détaille les éléments de la prévision météo du week-end et propose la tenue en urgence d’une réunion de crise.
Je transmets à 15h40, par email, un tableau récapitulatif succins qui présente à l’ensemble des institutions et associations partenaires : la liste et la composition des ménages (nombre d’adultes et d’enfants) assortie d’un commentaire pour les situations à risque. Cet envoi est accompagné par un message d’alerte sur les conséquences prévisibles de la dégradation météo annoncée pour la fin de semaine.
JEUDI 23 SEPTEMBRE 2010
La réunion avec le Secours Catholique, Médecin du Monde, la veille sociale, les équipes de maraude bénévole, nos services, n’apporte rien de bien nouveau, chacun est informé des difficultés prévisibles du week-end et verra l’appui qu’il pourra apporter.
Nous prévoyons de stocker au centre d’hébergement des couvertures et serviettes et nous passerons vendredi matin chez une association partenaire pour augmenter le stock que nous avons constitué avec l’aide de la Croix Rouge.
Pas de réponse à notre alerte.
VENDREDI 24 SEPTEMBRE 2010
Passage le matin chez notre partenaire pour récupérer trois cartons de serviettes et une quinzaine de couvertures.
A midi par téléphone la secrétaire du Vice-Président me demande le nombre d’enfants de moins de 3 ans présents au campement pour préparer une réunion en mairie où se rend le Vice-Président. La liste résumée des situations ne convient pas, je fais un comptage qui identifie 7 ménages répondant à ces critères.
A 14 heures nous nous réunissons avec le président du Secours Catholique, sa responsable technique, mon responsable hiérarchique et mes deux chefs de service. Nous n’avons pas beaucoup d’informations sur ce qui pourrait se décider, une salle pour la mise à l’abri pourrait être mobilisée… Nous creusons l’idée de tentes préaux qui pourraient, en cas de pluie, permettre aux enfants et adultes de ne pas rester confinés dans les tentes. Il nous semble que si on pouvait avoir une salle pour la mise à l’abri la nuit ce serait jouable.
Vers 15 heures la pluie arrive et une bonne vingtaine de campeurs dont une majorité de femmes et d’enfants sont à la porte du centre d’hébergement, je dois intervenir et bousculer un homme qui bloque la porte avec son pied pour pouvoir fermer la porte et éviter une nouvelle invasion. Je téléphone à un interprète, une personne entrevue plusieurs fois au campement où il aide comme il peut et qui m’avait fait part de sa disponibilité en cas de besoin. A son arrivée j’explique aux familles sur le pas de la porte qu’une réunion est en cours pour trouver une solution, qu’ils peuvent retourner au campement et que j’irais les informer dès que j’aurais du nouveau. J’ai entre temps fait appel à la police et une dizaine de policiers s’installent devant le centre d’hébergement pour tenir les campeurs à distance.
Nous apprenons qu’il a été décidé par la ville de mettre dans des appartements vides les 7 familles avec des enfants de moins de 3 ans mais que rien n’est prévu pour les autres. Mon supérieur et moi-même faisons part de notre colère et nous insistons pour que la question de la mise à l’abri dans la salle de réunion d’un centre social du centre ville soit reconsidérée rapidement. La secrétaire du Vice-Président dit tenir informé ce dernier qui est en réunion à la Métro jusqu’en soirée. Elle nous dit avoir la clé de la salle de réunion du centre social, nous envisageons l’idée d’y mettre à l’abri au moins les femmes et les enfants.
Je me rends plusieurs fois au campement, où, sous une pluie intermittente mais parfois assez violente, des personnes de notre institution et du Secours catholique organisent le transfert des 7 familles prévues, ainsi que le démontage et l’enlèvement des tentes libérées. Certaines familles prévues sont absentes du campement, alors il faut dans l’improvisation la plus complète choisir deux autres familles de remplacement. Je suis interpellé par les campeurs qui ne comprennent pas ce qui se passe : certains sont là depuis plus d’un mois et demi et voient partir des ménages présents depuis quelques jours seulement ! Je leur explique les critères décidés par d’autres et que je n’ai pas été consulté à ce sujet. Nous restons évasifs sur la destination et la durée de l’hébergement des familles qui quittent le campement. Avec la pluie la situation empire. Nous attendons une décision concernant l’utilisation de la salle. Mon supérieur dit avoir eu un accord du Vice-Président par téléphone pour l’utilisation de la salle, mais sa secrétaire ne confirme pas.
Je propose aux campeurs l’éventualité d’une solution où seules les femmes et les enfants seraient mis à l’abri pour une nuit, dans des conditions précaires : pas de matelas, seulement des couvertures, pas de nourriture fournie, et retour au campement le lendemain matin, les hommes resteraient au campement pour garder les tentes. Les campeurs sont prêts à accepter cette solution. Nous demandons le feu vert par l’intermédiaire de la secrétaire du Vice-Président. Je tiens les ménages présents informés de notre attente mais rien ne vient. Une partie des campeurs attendent aux pieds des immeubles de Jean Macé sous l’abri précaire des balcons. La nuit tombe, et toujours pas de réponse.... Nous avons prévu une escorte policière avec les équipes toujours présentes devant le centre d’hébergement, pour protéger le déplacement du groupe et pour utiliser Bus et Tram gratuitement sans ameuter toute la ville. J’ai prévu d’accompagner le groupe et de passer la nuit avec eux.
19h45 environ, toujours la pluie, pour moi ce n’est plus tenable, j’appelle la secrétaire du Vice-président et l’informe qu’en l’absence de réponse je prends la décision d’emmener les femmes et les enfants à la salle du centre social. Le Vice-président m’appelle dans les 5 minutes qui suivent « je n’ai pas à prendre de décision, il arrive sur place dans les 15 minutes ». Nouvelle attente donc. J’informe les campeurs de l’arrivée du « Big Chief ».
Le Vice-président a son arrivée me dit que le maire et la métropole ne veulent pas de mise à l’abri, ils pensent que la météo va s’améliorer, ils craignent des difficultés pour faire sortir les ménages de leur mise à l’abri. Je l’informe des accords que nous avons passés avec les campeurs et de mon engagement à les accompagner pour que tout se passe comme annoncé. Il voit vite que la situation du campement est intenable. Il appel le maire pour « boucler » avec lui.
Dix minutes après nous avons enfin le feu vert et nous organisons notre caravane. Des policiers à pied, trois voitures de police dont une avec gyrophare encadre la cinquantaine de piétons d’un convoi très improbable. Petite attente à l’arrêt de bus, mais rien ne vient, en faite il est plus de 20 heures et il n’y a plus de bus. Nous poursuivons à pied jusqu’au Tram après la gare. Nous y rencontrons un bénévole qui m’aborde, intrigué par notre groupe et propose spontanément ses services d’interprète. J’accepte car il pourra être utile pour traduire les consignes à l’arrivée dans la salle.
Arrivée à la salle du Vieux Temple. Des personnes de l’institution ont amené les couvertures et serviettes du centre d’hébergement et quelques matelas.
Installation des familles et organisation de la nuit sans problèmes particuliers.
Passage du maire à minuit. Prévenu par le Vice-président je l’attends à l’extérieur car le calme règne et beaucoup sont endormis. Passage de la maraude qui amène 4 couvertures supplémentaires, je vais pouvoir moi aussi m’enrouler dans une couverture pour essayer de dormir.
SAMEDI 25 SEPTEMBRE 2010
Il y a eu des averses régulières et importantes pendant la nuit, il est clair que la réinstallation au campement va être compliquée ! Mais quelle alternative ?
Les familles ont un comportement impeccable. J’ai beaucoup d’admiration pour ces mères qui manifestent beaucoup d’attention et de tendresse à leurs enfants. Il y a une bonne dizaine d’adolescents, chaussures blanches, pantalons blancs impeccables pour certains… étonnant !
Ils sont tous très impressionnants car malgré les conditions chaotiques du campement à Jean Macé, ils paraissent tous proprement vêtu, pas d’odeurs nauséabondes… Et personne n’a râlé lors de l’installation dans la salle malgré l’absence de matelas, un nombre restreint de couverture, l’inconfort… chacun s’est organisé dans le calme sans aucune réclamation.
Au matin l’idée germe que la gare pourrait être une solution de mise à l’abri pour la journée si le campement est impraticable. D’autant que cela refilerait le « bébé » à l’Etat et dégagerait la mairie du besoin de trouver une solution, quitte à refaire une mise à l’abri d’une nuit dans les mêmes conditions si rien ne change. Un scénario possible prend forme.
Vers 8h j’appelle le centre d’hébergement pour que l’on retienne l’hébergé traducteur pour pouvoir faire passer le message aux hommes restés sur le campement.
J’appelle et réveille l’autre bénévole traducteur pour qu’il vienne au centre social expliquer mes propositions. Je demande ensuite au responsable de la police municipale s’il peut m’envoyer une équipe pour le trajet retour.
Les familles rangent et nettoient la salle et se préparent pour le départ. Je leur fait comprendre que l’on attend un interprète.
A son arrivée j’explique aux familles qu’il y a deux solutions à mon avis : soit retour au campement comme prévu mais je crains qu’il soit difficile de s’y installer étant donné la pluie qui continue à tomber, soit s’abriter à la gare où les hommes pourraient les rejoindre. Sachant qu’il est possible que la police soit appelée à la gare, mais justement, et en raison de leur nombre, elle sera obligée d’en référer en « haut lieu », au préfet, qui peut être hésitera à les remettre dehors sous la pluie, en utilisant la force en public. Je leur demande d’exprimer leur choix qui sans beaucoup d’hésitations va vers la solution de la gare. Je leur explique qu’une fois à la gare je les laisserais se débrouiller seul, considérant avoir terminé ma mission.
Je rappel le centre d’hébergement et explique à l’hébergé traducteur le choix fait par les femmes et lui demande d’aller en informer les hommes du campement.
Départ de la caravane du centre social avec deux policiers pour escorte.
A 9 heures, en attendant le Tram, j’informe le Vice-président de la situation.
Arrivée à la gare, l’escorte me demande ce qui est prévu maintenant et ma réponse les plonge en plein désarroi. J’appel leur responsable devant eux et je lui explique la situation, je lui dis que le Vice-président est informé et qu’à mon avis il devrait laisser la police nationale se débrouiller seule de la suite. Il acquiesce et me dit qu’il va transmettre à ses équipes de se retirer. Je rentre à pied au centre d’hébergement, il pleut à verse et je croise les groupes d’hommes du campement qui rejoignent la gare.
Rentré au centre d’hébergement, j’appelle France 3 et le Dauphiné, sans trop dire qui je suis, je les informe de ce qui se passe à la gare et je rentre chez moi. Il doit être environ 10 heures.
Christian CHEVALIER
Par la suite, devant cette situation, le préfet demandera au maire de la ville de prendre en charge ces ménages pendant une semaine, le temps d’organiser leur prise en charge pas ses services… en faite, la prise en charge par la municipalité et ses services durera plus de 8 mois, mais les sommes dépensées seront remboursées par l’Etat.
Au cours du printemps et de l’été 2010, divers campement improvisés dans des parcs de la ville verront le jour pour abriter les familles sans solutions. Un campement situé dans un square à une centaine de mètre du centre d’hébergement d’urgence que je dirige, connaitra une montée en puissance importante, situé en périphérie de la ville il ne constitue pas une gêne majeur.
De 6 tentes vers la mi juillet à 15 tentes à la mi août… le campement comptera jusqu’à 66 tentes au moment de l’arrivée du froid… et des difficultés relatées ci après.
LUNDI 20 SEPTEMBRE 2010
Cette semaine a commencé dès le lundi matin, vers 8h30, par l’intrusion au centre d’hébergement d’une vingtaine d’hommes du campement, fatigués, excédés par leurs conditions de vie précaires dégradées par les pluies du vendredi. Bientôt rejoint par les femmes et les enfants, c’est en tout près de 90 personnes que nous contenons dans le hall d’accueil. Nous faisons asseoir les femmes avec enfants dans le couloir d’attente, plus quelques chaises que nous mettons à leur disposition. Nous fermons les accès aux salles de réunion et aux parties hébergement, nous leur mettons à disposition l’usage des toilettes du personnel, et nous veillons à maintenir les conditions de travail des équipes.
Les informations sur la situation sont transmises aux diverses institutions par email. J’appelle ma hiérarchie au téléphone. Très vite nous décidons de ne pas faire appel aux forces de l’ordre, ce dont j’informe les occupants, car malgré l’agitation, l’énervement, la colère qui s’exprime, les personnes respectent les consignes et limites que nous leur fixons. Il s’agit aussi de « jouer la montre » et de voir comment la situation évolue au fil du temps. Ils nous disent à qui mieux-mieux toutes leurs préoccupations et multiples problématiques de santé, d’alimentation, de froid etc. qui rendent leur situation au campement intenable. Nous leur répétons régulièrement, pour faire face à leurs interpellations, les éléments du contexte et d’information dont nous disposons, nous leur montrons le mail d’alerte que nous avons envoyé, et nous reprécisons régulièrement les places et rôles des différentes institutions et leurs responsabilités respectives vis-à-vis de ces problématiques. L’élu qui préside notre institution est informé, mais enchaîne parait-il les réunions, d’après sa secrétaire il nous faut attendre les alentours de midi pour en savoir plus sur les éventuelles décisions et effets des tractations entre la ville et la préfecture, s’il y en a !
Les familles font des allers-retours entre le campement et le centre d’hébergement. Les effectifs d’occupation fluctuent entre 30 et 90 personnes. Il y a parfois des montées de colère, il faut veiller au grain en permanence, quelques usagers entrent et sortent, il faut assurer le fonctionnement habituel dans ce tohu-bohu impromptu.
Pas de réponses à notre alerte, « l’élu est au courant et agit… ».
Il nous faut faire le constat que le temps passant la détermination des occupants ne retombe pas et qu’il nous faut penser à résoudre cette crise avant l’arrivée des usagers habituels du centre à 16 heures. Nous avons contacté le Secours Catholique pour organiser un soutien alimentaire des parents et qui pourrait soulager une partie des tensions. Regain de tensions cependant à leur arrivée autour de la question du lieu de distribution. Pour nous elle doit se faire au campement mais pas dans le centre d’hébergement. Ils nous mettent la pression pour pouvoir manger dans la salle de réunion. Pas question de céder sur ce point. Cinq bonnes minutes de discussions musclées où je fais part de ma colère à les voir s’en prendre au centre d’hébergement qui ne peut en aucune manière régler leurs problèmes, et ma détermination à faire intervenir la police si besoin, et de toute façon pour dégager les locaux avant l’arrivée des hébergés si l’occupation devait durer jusque là.
J’informe la secrétaire de l’élu qu’il faudra une décision avant 14 heures pour pouvoir envisager de sortir de cette situation avant 16 heures.
J’ai peu après 14 heures un appel du sous-préfet, qui propose l’intervention des forces de l’ordre, je pense alors qu’il le fait après des contacts avec la mairie. Nous échangeons des informations sur la situation, sur la procédure et sur la façon d’opérer. Son appel à un moment où la plupart des hommes sont repartis au campement (pour la distribution alimentaire ?) mène à l’idée d’une intervention rapide pendant que seule une trentaine de personnes sont présentes au centre d’hébergement.
Nouvel appel du sous-préfet quelques instants plus tard pour me demander de confirmer par fax au préfet ma demande d’intervention. Et je suis avec ma secrétaire en train de préparer ce fax lorsqu’une délégation d’hommes revient du campement me dire qu’ils sont d’accord pour évacuer le centre d’hébergement mais souhaitent que je transmette à la préfecture des informations sur leurs situations individuelles. Effectivement le gros de l’effectif quitte nos locaux et j’informe immédiatement la secrétaire de l’élu de cette sortie de crise en lui demandant d’informer le sous-préfet pour annuler l’intervention des forces de l’ordre en préparation. Quelques désaccords cependant pour une partie des occupants et un petit groupe de femmes fait de la résistance pendant une bonne demi-heure encore. De nouveaux groupes arrivants alors du campement je finis par bloquer la porte et j’appelle la police municipale pour faire sortir les récalcitrants. Mais là encore, elles finiront par sortir des locaux sans qu’il soit nécessaire de faire usage de la force.
MARDI 21 SEPTEMBRE 2010
Dès le lendemain, le point de situation que nous faisons avec les cadres du service est alarmiste. Les prévisions météo font état d’une très nette dégradation (pluie, froid) de la situation pour la fin de la semaine. Ces derniers jours le campement est monté à plus de 60 tentes. Nous avons pu constater l’état d’affaiblissement, de fatigue, d’énervement, d’épuisement d’une bonne partie des campeurs lors de leur occupation du centre d’hébergement. Il est clair pour nous, qu’une fois terminé l’épisode de clémence météo qui s’est prolongé jusque là, le campement ne pourra pas tenir. La précarité des installations ne pourra résister à l’épisode de pluie et d’humidité durable qui est annoncé pour la fin de la semaine.
Il est clair aussi que le centre d’hébergement ne dispose pas de suffisamment de place pour proposer une mise à l’abri en urgence des campeurs si le besoin s’en faisait sentir.
D’autre part, nous faisons le constat que nous n’avons pas de connaissance objective des situations individuelles, ni même une idée du nombre de personnes réellement présentes. A chacun de nos passages quotidiens sur le campement ou lorsque les ménages venaient nous faire part de leurs difficultés au centre d’hébergement nous avons noté sur des bouts de papiers les situations préoccupantes qui nous étaient signalées et que nous avons relayé régulièrement aux différentes institutions et services, mais l’absence de dossier ne nous permet pas d’assurer un suivi de l’évolution des situations.
Nous décidons d’alerter notre hiérarchie de nos prévisions alarmistes et de réaliser un « inventaire » des situations en ouvrant un dossier par ménage. Les deux chefs de service s’en occuperont dès mercredi. Nous ferons passer le message au campement pour organiser cette opération et nous informons nos partenaires de ce projet afin d’essayer de coordonner et centraliser les informations, notamment pour essayer d’objectiver en lien avec médecin du monde les problématiques de santé qui sont évoquées par tel ou tel ménage. Cet inventaire devrait aussi nous permettre d’avoir une idée plus claire du nombre de personnes présentes sur ce campement.
Cette décision de constitution de dossiers donnera lieu, le soir même, à un courriel de colère du directeur du 115 : « Je constate que finalement vous marchez sur nos plates bandes ! … ».
MERCREDI 22 SEPTEMBRE 2010
Je commence la journée par un échange téléphonique musclé avec le directeur du 115 pour réagir à son email et lui faire part de ma propre exaspération concernant ce que je considère comme un manque de professionnalisme de son service. Entre autre, une réunion s’est tenue vendredi dernier à propos du campement « Jean MACE » sans que je sois invité, alors que je passe quotidiennement au campement et surveille les évolutions de l’hygiène, du nombre de tentes et de l’état général du campement et de ses occupants. J’ai également appris vendredi, par un email dont je n’étais pas destinataire et transféré par ma hiérarchie, qu’une nouvelle réunion était organisée le jeudi suivant, au centre d’hébergement, sans que personne ici n’ait été sollicité à ce sujet ! Une mise au point qui confirme une certaine confusion dans l’appréhension de l’organisation de nos services par ce partenaire, et une curieuse approche concernant la problématique « Jean Macé » ! J’aurais par la suite des excuses au téléphone de la chef de service du 115… dont acte. Mais qu’il est long et compliqué le chemin pour avancer vers une collaboration intelligible et efficace avec ce service !
Nous sommes cependant d’accord, le directeur en question et moi, sur le fait que nous avons, eux et nous, à faire face à des missions inextricables, et que chacun fait ce qu’il peut pour tenter de s’en sortir. Le campement « Jean Macé » représente pour le centre d’hébergement et son personnel une menace permanente qui justifie que j’y apporte une attention toute particulière. Les relations établies avec les ménages du campement ont permis que l’occupation du centre d’hébergement se déroule dans des conditions acceptables où mon autorité a toujours été respectée. C’est la meilleure garantie de sécurité pour le centre d’hébergement et son personnel.
Mes deux chefs de service reçoivent tout au long de la matinée les ménages qui se présentent dans une certaine confusion malgré nos précautions et la présence d’un hébergé traducteur qui nous facilite la tâche. Le point de situation en fin de matinée nous permet de recenser 28 ménages pour environ 135 personnes et de nombreuses situations préoccupantes : bébés ; enfants en bas âges ; personnes âgées ; malades etc. Plusieurs ménages passeront par la suite pour l’ouverture de leur dossier. Les ménages sont mobiles, certains sont en démarche où à l’hôpital, et notre inventaire n’est sans doute pas complet.
J’envoi à 12h un email d’alerte à ma hiérarchie où je détaille les éléments de la prévision météo du week-end et propose la tenue en urgence d’une réunion de crise.
Je transmets à 15h40, par email, un tableau récapitulatif succins qui présente à l’ensemble des institutions et associations partenaires : la liste et la composition des ménages (nombre d’adultes et d’enfants) assortie d’un commentaire pour les situations à risque. Cet envoi est accompagné par un message d’alerte sur les conséquences prévisibles de la dégradation météo annoncée pour la fin de semaine.
JEUDI 23 SEPTEMBRE 2010
La réunion avec le Secours Catholique, Médecin du Monde, la veille sociale, les équipes de maraude bénévole, nos services, n’apporte rien de bien nouveau, chacun est informé des difficultés prévisibles du week-end et verra l’appui qu’il pourra apporter.
Nous prévoyons de stocker au centre d’hébergement des couvertures et serviettes et nous passerons vendredi matin chez une association partenaire pour augmenter le stock que nous avons constitué avec l’aide de la Croix Rouge.
Pas de réponse à notre alerte.
VENDREDI 24 SEPTEMBRE 2010
Passage le matin chez notre partenaire pour récupérer trois cartons de serviettes et une quinzaine de couvertures.
A midi par téléphone la secrétaire du Vice-Président me demande le nombre d’enfants de moins de 3 ans présents au campement pour préparer une réunion en mairie où se rend le Vice-Président. La liste résumée des situations ne convient pas, je fais un comptage qui identifie 7 ménages répondant à ces critères.
A 14 heures nous nous réunissons avec le président du Secours Catholique, sa responsable technique, mon responsable hiérarchique et mes deux chefs de service. Nous n’avons pas beaucoup d’informations sur ce qui pourrait se décider, une salle pour la mise à l’abri pourrait être mobilisée… Nous creusons l’idée de tentes préaux qui pourraient, en cas de pluie, permettre aux enfants et adultes de ne pas rester confinés dans les tentes. Il nous semble que si on pouvait avoir une salle pour la mise à l’abri la nuit ce serait jouable.
Vers 15 heures la pluie arrive et une bonne vingtaine de campeurs dont une majorité de femmes et d’enfants sont à la porte du centre d’hébergement, je dois intervenir et bousculer un homme qui bloque la porte avec son pied pour pouvoir fermer la porte et éviter une nouvelle invasion. Je téléphone à un interprète, une personne entrevue plusieurs fois au campement où il aide comme il peut et qui m’avait fait part de sa disponibilité en cas de besoin. A son arrivée j’explique aux familles sur le pas de la porte qu’une réunion est en cours pour trouver une solution, qu’ils peuvent retourner au campement et que j’irais les informer dès que j’aurais du nouveau. J’ai entre temps fait appel à la police et une dizaine de policiers s’installent devant le centre d’hébergement pour tenir les campeurs à distance.
Nous apprenons qu’il a été décidé par la ville de mettre dans des appartements vides les 7 familles avec des enfants de moins de 3 ans mais que rien n’est prévu pour les autres. Mon supérieur et moi-même faisons part de notre colère et nous insistons pour que la question de la mise à l’abri dans la salle de réunion d’un centre social du centre ville soit reconsidérée rapidement. La secrétaire du Vice-Président dit tenir informé ce dernier qui est en réunion à la Métro jusqu’en soirée. Elle nous dit avoir la clé de la salle de réunion du centre social, nous envisageons l’idée d’y mettre à l’abri au moins les femmes et les enfants.
Je me rends plusieurs fois au campement, où, sous une pluie intermittente mais parfois assez violente, des personnes de notre institution et du Secours catholique organisent le transfert des 7 familles prévues, ainsi que le démontage et l’enlèvement des tentes libérées. Certaines familles prévues sont absentes du campement, alors il faut dans l’improvisation la plus complète choisir deux autres familles de remplacement. Je suis interpellé par les campeurs qui ne comprennent pas ce qui se passe : certains sont là depuis plus d’un mois et demi et voient partir des ménages présents depuis quelques jours seulement ! Je leur explique les critères décidés par d’autres et que je n’ai pas été consulté à ce sujet. Nous restons évasifs sur la destination et la durée de l’hébergement des familles qui quittent le campement. Avec la pluie la situation empire. Nous attendons une décision concernant l’utilisation de la salle. Mon supérieur dit avoir eu un accord du Vice-Président par téléphone pour l’utilisation de la salle, mais sa secrétaire ne confirme pas.
Je propose aux campeurs l’éventualité d’une solution où seules les femmes et les enfants seraient mis à l’abri pour une nuit, dans des conditions précaires : pas de matelas, seulement des couvertures, pas de nourriture fournie, et retour au campement le lendemain matin, les hommes resteraient au campement pour garder les tentes. Les campeurs sont prêts à accepter cette solution. Nous demandons le feu vert par l’intermédiaire de la secrétaire du Vice-Président. Je tiens les ménages présents informés de notre attente mais rien ne vient. Une partie des campeurs attendent aux pieds des immeubles de Jean Macé sous l’abri précaire des balcons. La nuit tombe, et toujours pas de réponse.... Nous avons prévu une escorte policière avec les équipes toujours présentes devant le centre d’hébergement, pour protéger le déplacement du groupe et pour utiliser Bus et Tram gratuitement sans ameuter toute la ville. J’ai prévu d’accompagner le groupe et de passer la nuit avec eux.
19h45 environ, toujours la pluie, pour moi ce n’est plus tenable, j’appelle la secrétaire du Vice-président et l’informe qu’en l’absence de réponse je prends la décision d’emmener les femmes et les enfants à la salle du centre social. Le Vice-président m’appelle dans les 5 minutes qui suivent « je n’ai pas à prendre de décision, il arrive sur place dans les 15 minutes ». Nouvelle attente donc. J’informe les campeurs de l’arrivée du « Big Chief ».
Le Vice-président a son arrivée me dit que le maire et la métropole ne veulent pas de mise à l’abri, ils pensent que la météo va s’améliorer, ils craignent des difficultés pour faire sortir les ménages de leur mise à l’abri. Je l’informe des accords que nous avons passés avec les campeurs et de mon engagement à les accompagner pour que tout se passe comme annoncé. Il voit vite que la situation du campement est intenable. Il appel le maire pour « boucler » avec lui.
Dix minutes après nous avons enfin le feu vert et nous organisons notre caravane. Des policiers à pied, trois voitures de police dont une avec gyrophare encadre la cinquantaine de piétons d’un convoi très improbable. Petite attente à l’arrêt de bus, mais rien ne vient, en faite il est plus de 20 heures et il n’y a plus de bus. Nous poursuivons à pied jusqu’au Tram après la gare. Nous y rencontrons un bénévole qui m’aborde, intrigué par notre groupe et propose spontanément ses services d’interprète. J’accepte car il pourra être utile pour traduire les consignes à l’arrivée dans la salle.
Arrivée à la salle du Vieux Temple. Des personnes de l’institution ont amené les couvertures et serviettes du centre d’hébergement et quelques matelas.
Installation des familles et organisation de la nuit sans problèmes particuliers.
Passage du maire à minuit. Prévenu par le Vice-président je l’attends à l’extérieur car le calme règne et beaucoup sont endormis. Passage de la maraude qui amène 4 couvertures supplémentaires, je vais pouvoir moi aussi m’enrouler dans une couverture pour essayer de dormir.
SAMEDI 25 SEPTEMBRE 2010
Il y a eu des averses régulières et importantes pendant la nuit, il est clair que la réinstallation au campement va être compliquée ! Mais quelle alternative ?
Les familles ont un comportement impeccable. J’ai beaucoup d’admiration pour ces mères qui manifestent beaucoup d’attention et de tendresse à leurs enfants. Il y a une bonne dizaine d’adolescents, chaussures blanches, pantalons blancs impeccables pour certains… étonnant !
Ils sont tous très impressionnants car malgré les conditions chaotiques du campement à Jean Macé, ils paraissent tous proprement vêtu, pas d’odeurs nauséabondes… Et personne n’a râlé lors de l’installation dans la salle malgré l’absence de matelas, un nombre restreint de couverture, l’inconfort… chacun s’est organisé dans le calme sans aucune réclamation.
Au matin l’idée germe que la gare pourrait être une solution de mise à l’abri pour la journée si le campement est impraticable. D’autant que cela refilerait le « bébé » à l’Etat et dégagerait la mairie du besoin de trouver une solution, quitte à refaire une mise à l’abri d’une nuit dans les mêmes conditions si rien ne change. Un scénario possible prend forme.
Vers 8h j’appelle le centre d’hébergement pour que l’on retienne l’hébergé traducteur pour pouvoir faire passer le message aux hommes restés sur le campement.
J’appelle et réveille l’autre bénévole traducteur pour qu’il vienne au centre social expliquer mes propositions. Je demande ensuite au responsable de la police municipale s’il peut m’envoyer une équipe pour le trajet retour.
Les familles rangent et nettoient la salle et se préparent pour le départ. Je leur fait comprendre que l’on attend un interprète.
A son arrivée j’explique aux familles qu’il y a deux solutions à mon avis : soit retour au campement comme prévu mais je crains qu’il soit difficile de s’y installer étant donné la pluie qui continue à tomber, soit s’abriter à la gare où les hommes pourraient les rejoindre. Sachant qu’il est possible que la police soit appelée à la gare, mais justement, et en raison de leur nombre, elle sera obligée d’en référer en « haut lieu », au préfet, qui peut être hésitera à les remettre dehors sous la pluie, en utilisant la force en public. Je leur demande d’exprimer leur choix qui sans beaucoup d’hésitations va vers la solution de la gare. Je leur explique qu’une fois à la gare je les laisserais se débrouiller seul, considérant avoir terminé ma mission.
Je rappel le centre d’hébergement et explique à l’hébergé traducteur le choix fait par les femmes et lui demande d’aller en informer les hommes du campement.
Départ de la caravane du centre social avec deux policiers pour escorte.
A 9 heures, en attendant le Tram, j’informe le Vice-président de la situation.
Arrivée à la gare, l’escorte me demande ce qui est prévu maintenant et ma réponse les plonge en plein désarroi. J’appel leur responsable devant eux et je lui explique la situation, je lui dis que le Vice-président est informé et qu’à mon avis il devrait laisser la police nationale se débrouiller seule de la suite. Il acquiesce et me dit qu’il va transmettre à ses équipes de se retirer. Je rentre à pied au centre d’hébergement, il pleut à verse et je croise les groupes d’hommes du campement qui rejoignent la gare.
Rentré au centre d’hébergement, j’appelle France 3 et le Dauphiné, sans trop dire qui je suis, je les informe de ce qui se passe à la gare et je rentre chez moi. Il doit être environ 10 heures.
Christian CHEVALIER
Par la suite, devant cette situation, le préfet demandera au maire de la ville de prendre en charge ces ménages pendant une semaine, le temps d’organiser leur prise en charge pas ses services… en faite, la prise en charge par la municipalité et ses services durera plus de 8 mois, mais les sommes dépensées seront remboursées par l’Etat.
Correspondances Ana (Février 2006)
Ana, (1)
Je ne vous ai rien dit encore de mon histoire
Des pendants chez moi de vos émirs et de vos maharadjahs…
Il y a moins d’exotisme aux notaires Creusois, à la noblesse reconvertie dans la betterave…
Mais je vous titille… ce n’est pas l’exotisme qui vous intéresse
Plutôt le creuset de larmes et de forces où je me suis construit
Comment étaient les hommes… et les femmes là dedans ?
Ce que je sais en dire… les traces en moi de ces douleurs et grandeurs passées…
Mais vous le voyez… j’ai traversé tout ça et suis quand même un peu roi…
Vous êtes quelqu’un de rare à n’en pas douter… accompli visiblement…
J’aime le tourbillon nourrissant de vos pensées et activités… j’y sens du grand flot de la vie…
Je m’imagine le soir écoutant votre journée… et peut être vous dire quelques batailles… cette maisonnée savoyarde que je m’efforce de tenir vivante pour que des hommes fatigués, un peu blessés y retrouvent quelque espoir… ce monde qui va bien mal… ces assemblées que je bouscule : qu’elles sortent du médiocre que diable ! … d’autres combats aussi où je singe les oiseaux et me hisse à des hauteurs où se dégage la splendeur du monde…
Nous pourrions chanter ensemble aussi …
Ana, (2)
J’aime cette enfance que vous me racontez…
J’en connais les odeurs, râteau de bois, paille de foin qui colle à la sueur
On s’essaye à être grand dans des gestes magnifiques
Avant de tremper insouciant dans l’eau rouge des étangs…
Et ces attelages de bœufs, forts et indolents… le bâton du bouvier entre les cornes
Que ne vous ai-je vu alors juchée sur la charrette !!
Trônant dans le haut du foin, cachant votre mal de mer…
J’aurais été jaloux mais n’en aurais rien dit
Je me serais enfui dans mes secrets à moi
Pestant contre cette hardiesse pas accompli de vous rejoindre!
Je vous aurais guetté ensuite… espérant que vous soyez voisine de mes terres
J’aurais peut être espionné vos cachettes…
Surpris vos danses et chants réservés à vos biches…
Vous auriez enchanté mes nuits…
J’aurais été plus fort de ces rêves en rentrant à Paris…
Qu’importe !! j’aime que nous soyons de la même espèce…
De ces « saute-ruisseaux » et « va nus pieds »…
Qui ont taillés de gigantesques royaumes en ces terres creusoises
Rejoignant la table du soir pleins des conquêtes du jour
Echappant ainsi aux briseurs de rêves et gens policés
Aussi cette noble terre a sauvé bien de nos rêves…
C’est en partie par elle, alors, que s’est construit en nous la force du guide
pour servir qui a perdu ses rêves en trébuchant en chemin…
Alors ma dame, surtout ne calmez pas trop vos ardeurs sauvageonnes
Vos envies de chevaux et de boue des étangs…
Garder moi au contraire vos griffures et morsures rebelles…
Je voudrais vite, l’honneur de visiter vos royaumes
L’on pourrait jouer à se perdre dans vos bois…
nous verrions si vos crapauds et vos biches auront du cœur à m’indiquer vos cachettes…
(Je souris à la diversité des entendements de ces phrases… sans en renier aucune ! si vous me permettez…)
Ana, (3)
Oh Ana ! le bonheur de votre réponse…
C’est que j’ai crains, déjà, de vous avoir perdu…
(J’ai vue ce matin votre visite… j’étais moi dans les Fonds Européens !)
Vous parlez bien de la lune… comme elle est…
J’ai eu – moi - bien du chemin à la reconnaître…
C’est qu’elle trône chez moi tout à côté du Soleil…
Forte, en plus, de tout ce que j’ai du Cancer…
Mes parents n’y ont vu que du feu !!
Chez ces gens là, ma Dame, on est ingénieur !! pas poète…
A la rigueur archevêque… mais pas musicien…
J’ai du tout découvrir, après, en partant de zéro…
Me suis fait bien des bosses à apprendre ce que je n’étais pas…
Quelques blessures aussi…
Et vous connaissez les forêts creusoises ? magnifiques !
Aaaah les tapis de feuilles, de fougères et de mousse… les murs de pierre…
Rude paysages tout de même… mais merveille !
J’y ai fait mes bêtises d’enfant…
Poursuivi quelques moutons qui étaient bisons à ma taille
Nous faisions ça en bande… comme les Cheyennes…
Temps bénis… pas de Sarkozy pour nous empêcher d’être petit…
Il y avait bien quelques maisons de sorcières
Que nous disait ma grand tante pour nous assagir un peu
On hâtait le pas…
Ana, las… il faut que je vous quitte et vous oublie un peu… jusqu’à lundi…
Vous êtes déjà tellement présente !!
Nouveau tout cela… ce sentiment d’admiration… (vos talents et ce que vous avez su devenir)
sourire aussi… à imaginer vos extravagances, votre créativité…
envie de côtoyer tout ça… de nous en amuser…
(n’ayez crainte, Ana, si je m’envole avec facilité, dans les airs comme en esprit je sais aussi l’art de l’atterrissage… en douceur…)
Après je veux vous rencontrer… vous me direz où vous voudrez
Pour notre rencontre… j’aimerais convoquer quelques chevaux et une grande calèche…
vous mettrez, s’il vous plaît ma Dame, votre chapeau de princesse des sous bois…
Je me ferais bourgeois de l’empire… ou hussard de la garde si vous préférez…
(Je trouverais bien, d’ici là, à me faire quelques cicatrices…)
J’irais vous attendre sous la statue de Bellecour… ou devant St Paul…
Je dirais au préfet un bout de nos rêves qu’il arrête un moment les voitures
Pour ne pas effrayer les chevaux…
Je ferais jouer le Messie d’Haendel « O Thou that tellest »
Les Lyonnais verrons que nos rêves sont grands !
A bientôt Ana…
(en attendant ne retenez pas vos rêves… s’ils sont avec moi…)
Je ne vous ai rien dit encore de mon histoire
Des pendants chez moi de vos émirs et de vos maharadjahs…
Il y a moins d’exotisme aux notaires Creusois, à la noblesse reconvertie dans la betterave…
Mais je vous titille… ce n’est pas l’exotisme qui vous intéresse
Plutôt le creuset de larmes et de forces où je me suis construit
Comment étaient les hommes… et les femmes là dedans ?
Ce que je sais en dire… les traces en moi de ces douleurs et grandeurs passées…
Mais vous le voyez… j’ai traversé tout ça et suis quand même un peu roi…
Vous êtes quelqu’un de rare à n’en pas douter… accompli visiblement…
J’aime le tourbillon nourrissant de vos pensées et activités… j’y sens du grand flot de la vie…
Je m’imagine le soir écoutant votre journée… et peut être vous dire quelques batailles… cette maisonnée savoyarde que je m’efforce de tenir vivante pour que des hommes fatigués, un peu blessés y retrouvent quelque espoir… ce monde qui va bien mal… ces assemblées que je bouscule : qu’elles sortent du médiocre que diable ! … d’autres combats aussi où je singe les oiseaux et me hisse à des hauteurs où se dégage la splendeur du monde…
Nous pourrions chanter ensemble aussi …
Ana, (2)
J’aime cette enfance que vous me racontez…
J’en connais les odeurs, râteau de bois, paille de foin qui colle à la sueur
On s’essaye à être grand dans des gestes magnifiques
Avant de tremper insouciant dans l’eau rouge des étangs…
Et ces attelages de bœufs, forts et indolents… le bâton du bouvier entre les cornes
Que ne vous ai-je vu alors juchée sur la charrette !!
Trônant dans le haut du foin, cachant votre mal de mer…
J’aurais été jaloux mais n’en aurais rien dit
Je me serais enfui dans mes secrets à moi
Pestant contre cette hardiesse pas accompli de vous rejoindre!
Je vous aurais guetté ensuite… espérant que vous soyez voisine de mes terres
J’aurais peut être espionné vos cachettes…
Surpris vos danses et chants réservés à vos biches…
Vous auriez enchanté mes nuits…
J’aurais été plus fort de ces rêves en rentrant à Paris…
Qu’importe !! j’aime que nous soyons de la même espèce…
De ces « saute-ruisseaux » et « va nus pieds »…
Qui ont taillés de gigantesques royaumes en ces terres creusoises
Rejoignant la table du soir pleins des conquêtes du jour
Echappant ainsi aux briseurs de rêves et gens policés
Aussi cette noble terre a sauvé bien de nos rêves…
C’est en partie par elle, alors, que s’est construit en nous la force du guide
pour servir qui a perdu ses rêves en trébuchant en chemin…
Alors ma dame, surtout ne calmez pas trop vos ardeurs sauvageonnes
Vos envies de chevaux et de boue des étangs…
Garder moi au contraire vos griffures et morsures rebelles…
Je voudrais vite, l’honneur de visiter vos royaumes
L’on pourrait jouer à se perdre dans vos bois…
nous verrions si vos crapauds et vos biches auront du cœur à m’indiquer vos cachettes…
(Je souris à la diversité des entendements de ces phrases… sans en renier aucune ! si vous me permettez…)
Ana, (3)
Oh Ana ! le bonheur de votre réponse…
C’est que j’ai crains, déjà, de vous avoir perdu…
(J’ai vue ce matin votre visite… j’étais moi dans les Fonds Européens !)
Vous parlez bien de la lune… comme elle est…
J’ai eu – moi - bien du chemin à la reconnaître…
C’est qu’elle trône chez moi tout à côté du Soleil…
Forte, en plus, de tout ce que j’ai du Cancer…
Mes parents n’y ont vu que du feu !!
Chez ces gens là, ma Dame, on est ingénieur !! pas poète…
A la rigueur archevêque… mais pas musicien…
J’ai du tout découvrir, après, en partant de zéro…
Me suis fait bien des bosses à apprendre ce que je n’étais pas…
Quelques blessures aussi…
Et vous connaissez les forêts creusoises ? magnifiques !
Aaaah les tapis de feuilles, de fougères et de mousse… les murs de pierre…
Rude paysages tout de même… mais merveille !
J’y ai fait mes bêtises d’enfant…
Poursuivi quelques moutons qui étaient bisons à ma taille
Nous faisions ça en bande… comme les Cheyennes…
Temps bénis… pas de Sarkozy pour nous empêcher d’être petit…
Il y avait bien quelques maisons de sorcières
Que nous disait ma grand tante pour nous assagir un peu
On hâtait le pas…
Ana, las… il faut que je vous quitte et vous oublie un peu… jusqu’à lundi…
Vous êtes déjà tellement présente !!
Nouveau tout cela… ce sentiment d’admiration… (vos talents et ce que vous avez su devenir)
sourire aussi… à imaginer vos extravagances, votre créativité…
envie de côtoyer tout ça… de nous en amuser…
(n’ayez crainte, Ana, si je m’envole avec facilité, dans les airs comme en esprit je sais aussi l’art de l’atterrissage… en douceur…)
Après je veux vous rencontrer… vous me direz où vous voudrez
Pour notre rencontre… j’aimerais convoquer quelques chevaux et une grande calèche…
vous mettrez, s’il vous plaît ma Dame, votre chapeau de princesse des sous bois…
Je me ferais bourgeois de l’empire… ou hussard de la garde si vous préférez…
(Je trouverais bien, d’ici là, à me faire quelques cicatrices…)
J’irais vous attendre sous la statue de Bellecour… ou devant St Paul…
Je dirais au préfet un bout de nos rêves qu’il arrête un moment les voitures
Pour ne pas effrayer les chevaux…
Je ferais jouer le Messie d’Haendel « O Thou that tellest »
Les Lyonnais verrons que nos rêves sont grands !
A bientôt Ana…
(en attendant ne retenez pas vos rêves… s’ils sont avec moi…)
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