Ana, (1)
Je ne vous ai rien dit encore de mon histoire
Des pendants chez moi de vos émirs et de vos maharadjahs…
Il y a moins d’exotisme aux notaires Creusois, à la noblesse reconvertie dans la betterave…
Mais je vous titille… ce n’est pas l’exotisme qui vous intéresse
Plutôt le creuset de larmes et de forces où je me suis construit
Comment étaient les hommes… et les femmes là dedans ?
Ce que je sais en dire… les traces en moi de ces douleurs et grandeurs passées…
Mais vous le voyez… j’ai traversé tout ça et suis quand même un peu roi…
Vous êtes quelqu’un de rare à n’en pas douter… accompli visiblement…
J’aime le tourbillon nourrissant de vos pensées et activités… j’y sens du grand flot de la vie…
Je m’imagine le soir écoutant votre journée… et peut être vous dire quelques batailles… cette maisonnée savoyarde que je m’efforce de tenir vivante pour que des hommes fatigués, un peu blessés y retrouvent quelque espoir… ce monde qui va bien mal… ces assemblées que je bouscule : qu’elles sortent du médiocre que diable ! … d’autres combats aussi où je singe les oiseaux et me hisse à des hauteurs où se dégage la splendeur du monde…
Nous pourrions chanter ensemble aussi …
Ana, (2)
J’aime cette enfance que vous me racontez…
J’en connais les odeurs, râteau de bois, paille de foin qui colle à la sueur
On s’essaye à être grand dans des gestes magnifiques
Avant de tremper insouciant dans l’eau rouge des étangs…
Et ces attelages de bœufs, forts et indolents… le bâton du bouvier entre les cornes
Que ne vous ai-je vu alors juchée sur la charrette !!
Trônant dans le haut du foin, cachant votre mal de mer…
J’aurais été jaloux mais n’en aurais rien dit
Je me serais enfui dans mes secrets à moi
Pestant contre cette hardiesse pas accompli de vous rejoindre!
Je vous aurais guetté ensuite… espérant que vous soyez voisine de mes terres
J’aurais peut être espionné vos cachettes…
Surpris vos danses et chants réservés à vos biches…
Vous auriez enchanté mes nuits…
J’aurais été plus fort de ces rêves en rentrant à Paris…
Qu’importe !! j’aime que nous soyons de la même espèce…
De ces « saute-ruisseaux » et « va nus pieds »…
Qui ont taillés de gigantesques royaumes en ces terres creusoises
Rejoignant la table du soir pleins des conquêtes du jour
Echappant ainsi aux briseurs de rêves et gens policés
Aussi cette noble terre a sauvé bien de nos rêves…
C’est en partie par elle, alors, que s’est construit en nous la force du guide
pour servir qui a perdu ses rêves en trébuchant en chemin…
Alors ma dame, surtout ne calmez pas trop vos ardeurs sauvageonnes
Vos envies de chevaux et de boue des étangs…
Garder moi au contraire vos griffures et morsures rebelles…
Je voudrais vite, l’honneur de visiter vos royaumes
L’on pourrait jouer à se perdre dans vos bois…
nous verrions si vos crapauds et vos biches auront du cœur à m’indiquer vos cachettes…
(Je souris à la diversité des entendements de ces phrases… sans en renier aucune ! si vous me permettez…)
Ana, (3)
Oh Ana ! le bonheur de votre réponse…
C’est que j’ai crains, déjà, de vous avoir perdu…
(J’ai vue ce matin votre visite… j’étais moi dans les Fonds Européens !)
Vous parlez bien de la lune… comme elle est…
J’ai eu – moi - bien du chemin à la reconnaître…
C’est qu’elle trône chez moi tout à côté du Soleil…
Forte, en plus, de tout ce que j’ai du Cancer…
Mes parents n’y ont vu que du feu !!
Chez ces gens là, ma Dame, on est ingénieur !! pas poète…
A la rigueur archevêque… mais pas musicien…
J’ai du tout découvrir, après, en partant de zéro…
Me suis fait bien des bosses à apprendre ce que je n’étais pas…
Quelques blessures aussi…
Et vous connaissez les forêts creusoises ? magnifiques !
Aaaah les tapis de feuilles, de fougères et de mousse… les murs de pierre…
Rude paysages tout de même… mais merveille !
J’y ai fait mes bêtises d’enfant…
Poursuivi quelques moutons qui étaient bisons à ma taille
Nous faisions ça en bande… comme les Cheyennes…
Temps bénis… pas de Sarkozy pour nous empêcher d’être petit…
Il y avait bien quelques maisons de sorcières
Que nous disait ma grand tante pour nous assagir un peu
On hâtait le pas…
Ana, las… il faut que je vous quitte et vous oublie un peu… jusqu’à lundi…
Vous êtes déjà tellement présente !!
Nouveau tout cela… ce sentiment d’admiration… (vos talents et ce que vous avez su devenir)
sourire aussi… à imaginer vos extravagances, votre créativité…
envie de côtoyer tout ça… de nous en amuser…
(n’ayez crainte, Ana, si je m’envole avec facilité, dans les airs comme en esprit je sais aussi l’art de l’atterrissage… en douceur…)
Après je veux vous rencontrer… vous me direz où vous voudrez
Pour notre rencontre… j’aimerais convoquer quelques chevaux et une grande calèche…
vous mettrez, s’il vous plaît ma Dame, votre chapeau de princesse des sous bois…
Je me ferais bourgeois de l’empire… ou hussard de la garde si vous préférez…
(Je trouverais bien, d’ici là, à me faire quelques cicatrices…)
J’irais vous attendre sous la statue de Bellecour… ou devant St Paul…
Je dirais au préfet un bout de nos rêves qu’il arrête un moment les voitures
Pour ne pas effrayer les chevaux…
Je ferais jouer le Messie d’Haendel « O Thou that tellest »
Les Lyonnais verrons que nos rêves sont grands !
A bientôt Ana…
(en attendant ne retenez pas vos rêves… s’ils sont avec moi…)
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